—Mais!... oui... On supposerait que vous avez des raisons meilleures que les miennes pour ne pas me croire; le connaîtriez-vous mieux que moi!

Sous le regard fixe de M. Clavier, Maurice était passé, sans le sentir lui-même, du ton de la conviction à celui de la défiance. De toutes les clartés sinistres dont il avait été blessé pendant la journée, celle-là l'offensa le plus. La parole de M. Clavier était aiguë. Maurice avait rougi de honte.

—Et moi je vous assure du contraire, Maurice; monsieur de Calvaincourt a des passions plus partagées que ses principes, croyez-le; mais nous n'avons pas à nous occuper de lui autrement; passons.

Maurice s'arrêta à cette insinuation de M. Clavier; il fut pétrifié.—Il imagina qu'il était déjà de notoriété que sa femme l'avait perdu dans l'opinion. La voix publique se trahissait par la bouche de M. Clavier; et aussitôt la scène du caveau, le départ d'Édouard, l'entrevue du cabinet, revinrent à son esprit pour s'expliquer dans le sens de ses premières impressions.

—Oui, répondit-il machinalement, ne nous occupons plus de cet homme. Enveloppons de silence le malheur qu'il a attiré sur votre maison. Le bruit ne répare rien. Nous consolerons mademoiselle de Meilhan; son enfant sera élevé avec mystère, loin d'ici. On en a caché dans des positions plus difficiles.

M. Clavier se leva tout d'un trait.

—L'un de nous se trompe. De quel enfant parlez-vous?

—De celui que porte mademoiselle de Meilhan, et duquel vous auriez pu compromettre la vie, par l'effroi causé par votre duel.

—Un enfant! un enfant! Avez-vous toute votre raison, Maurice?

—Et pourquoi donc ce duel, si vous ignoriez l'événement que j'ai l'air de vous apprendre?