—Jules est encore une victime de mes préoccupations; je ne sais pas pour qui l'on existe lorsqu'on est dans les affaires.
Maurice décacheta lentement la lettre de Compiègne, l'étala en soupirant sur son bureau; mais, au lieu de lire, il s'abandonna malgré lui à d'autres pensées. Tout à coup, saisissant sa plume, il traça une colonne de chiffres, puis une autre colonne, et enfin il respira.
—Le sang m'a tourné en eau, je m'étais figuré une différence de quarante mille francs! Ce n'était qu'une erreur de mon imagination.
Voyons la lettre de Jules.
«Mon vieil ami,
»Que je loue ta prudence pour n'avoir pas engagé ta femme, la bonne Léonide, à aller au bal de Senlis, le carnaval dernier!»
Qu'a-t-il donc, pensa Maurice encore distrait en commençant la lecture de la lettre, pour revenir sur de pareilles futilités? Il a du temps à perdre apparemment, ce cher Jules. Il pense au carnaval! Enfin!
Maurice continua de lire:
«Que n'ai-je suivi ton exemple! je n'aurais pas à déplorer le malheur le plus grand de ma vie; malheur auquel tu t'intéresseras, j'en suis sûr, toi, le seul ami dont les consolations ne sont ni banales ni perdues. Tu me les dois toutes pour me dédommager de ton absence, car tu me serais ici d'un appui bien nécessaire, au milieu d'une foule de gens dont l'intérêt est tout en paroles, disposé à vous entendre dès qu'il y a quelque scandale pour les payer de leur attention.
»J'arrive au triste sujet de ma lettre. A ce bal de Senlis où Léonide a si sagement fait de ne pas se montrer, ma femme, ma chérie Hortense, a été insultée par une autre femme, mais insultée, Maurice, d'une manière odieuse; et, le croirais-tu jamais? à propos de notre enfant, de notre fille, née,—ceci n'a été un mystère que pour ceux qui l'ont voulu,—née avant mon mariage avec Hortense.