—Ris tout ton soûl.
—Puisque tu me le permets.—Et de nouveau Victor rit, se gaudit, éternua et si fort, qu'il faillit briser un dos de fauteuil en se renversant pour mieux rire.
Pour la première fois, Maurice éprouva du dégoût à être dans la société de Victor. En présence du frère, il froissait le nom de la sœur avant de l'envoyer aux assises. Il eut une espèce de répugnance à subir cette familiarité que, certes, il n'encourageait pas en ce moment.
Il était toujours debout devant Victor.
—Sais-tu de quoi je ris? de notre affaire, Maurice.
—Je la croyais plus sérieuse.
—Qui dit le contraire? écoute, et tu riras comme moi.
—Arrivé à Paris,—écoute-moi donc,—je suis allé au ministère, où notre protecteur m'a reçu dans son cabinet avec beaucoup de précaution. Là, il m'a dit:—L'affaire n'est plus en bon chemin. Dans dix jours, les travaux pourraient commencer, sans doute; mais je dois vous avertir qu'un concurrent se présente, un concurrent puissant, riche, appuyé du ministre, favorisé de la cour même.
—Que pourrait-il contre nous, ai-je répliqué aussitôt, toutes les maisons qui sont sur la ligne par où le chemin de fer passera nous appartiennent?
—Il pourrait, m'a répondu notre protecteur, obtenir l'exploitation du chemin de fer malgré vos maisons, qu'il achèterait.