—Et à quelle cause morale attribuez-vous le chagrin qui l'a tué?

—Le pouls des malades, chère dame,—car c'était la chère dame qui questionnait, commentait, argumentait sans cesse,—ne me révèle jamais les accidents moraux dont il me confie les résultats physiologiques. Je viens de vous dire, du reste, qu'il était mort quand je fus appelé.

—Et qui était auprès de son lit? personne, je gage.

—Pardon! il y avait mademoiselle de Meilhan qui tenait sa main, la baisait et priait.

—C'est fort louable, docteur. Et la petite hérite-t-elle, au moins, cette chère enfant?

—N'étant ni son confesseur ni son notaire, je l'ignore.

—Il doit avoir laissé une belle fortune: cela ira sans doute à quelque libertin de neveu. Il y avait de quoi ménager un si beau mariage à mademoiselle de Meilhan, et favoriser si avantageusement quelque excellent garçon de Chantilly? On comprend que monsieur Victor Reynier soit si assidu auprès de l'orpheline: la royauté vaut l'hommage.

—Voyons votre langue, ma voisine; comme vous en débitez sans vous épuiser, sans vous couper, sans vous contredire! Mais M. Reynier ne va dans la maison de mademoiselle de Meilhan que pour dresser l'inventaire des meubles, effets et bijoux laissés par M. Clavier. Comme elle doit quitter bientôt, dans huit jours peut-être, cette maison, M. Reynier hâte ce travail dont son beau-frère, M. Maurice, l'a prié de se charger. M. Maurice n'en a pas le loisir, toujours absorbé par le travail de son étude.

—Ceci est sensé, docteur; mais ceci ne détruit rien, absolument rien. L'homme de l'inventaire peut être l'homme du contrat.

—Ah! vous compromettriez un saint avec vos insinuations perfides. Ne me faites plus parler, tenez!