—Il faut du temps pour tout. L'insurrection de Paris, puisque nous n'avons plus malheureusement à la nier, nous a étourdis aussi bien que vous, vous le comprenez. Vous désirez liquider sur-le-champ: ceci est à merveille, mais ceci ne saurait se faire à la parole. Il y a à retirer des pièces qui sont au tribunal, à régler des intérêts, à dresser des bordereaux: vous ne voudriez pas plus nous créer des difficultés que nous ne sommes disposés, pour notre part, à compromettre vos intérêts. Apportons donc les uns et les autres un peu d'indulgence. Ce n'est pas trop de la journée entière pour vous expédier; accordez-nous cette journée. Il est indispensable que vous patientiez jusqu'à ce soir; peut-être bien avant dans la nuit.
Une rumeur générale de désapprobation couvrit les dernières paroles de Victor, les plus sensées, du reste, qu'il eût prononcées.
—Jusqu'à ce soir!
—Ah bien! voilà qui nous arrange.
—Et nos femmes qui attendent.
—Et nos enfants qui nous croient déjà tués?
—Et nos maris? disaient les femmes à leur tour.
—C'est bien mon mari qui me chagrine, répliquait une autre, comme si l'on n'avait pas un âne à mener à l'abreuvoir et des vaches à conduire au pré.
—Et mes foins qui sont dehors?
—Puisque je vous vois si bien disposés, mes amis, à faire ce que je vous demande, permettez-moi d'ajouter que vous rassureriez votre protecteur monsieur Maurice en ne vous risquant pas la nuit, à travers des bois et des plaines, avec votre argent ou des valeurs précieuses, au moment où vous pourriez être assaillis par les brigands. Ce sacrifice serait bien consolant pour mon beau-frère. Attendez donc jusqu'à demain; passez le reste de cette journée et la nuit à Chantilly. D'ici à demain matin, les événements de Paris auront pris un caractère décisif.