Il y eut un sentiment de vénération dans le cœur de Maurice pour cet homme qui, en droit à chaque minute de lui demander compte de son dépôt, oubliait de l'en entretenir, malgré l'imminence des événements à l'occasion desquels il venait le retirer, pour lui prodiguer des conseils affectueux, exprimés avec la plus tendre délicatesse.
Des larmes humectèrent son regard.
—Que n'ai-je la force de parler, de tout lui dire, non-seulement pour obtenir son pardon, pensait-il, mais pour qu'il m'apprenne comment j'apaiserai le cri de vengeance dont la société s'apprête à me poursuivre! Pourquoi me croit-il bon, juste, innocent? pourquoi ne devine-t-il pas ma faute à ma pâleur? Je n'oserai jamais, le premier.....
—Parlez, dit le prêtre en s'asseyant à côté de Maurice, qui resta debout; parlez! mon fils!...
Le prêtre avait enfin compris.
Des larmes ruisselèrent sur les joues décolorées de Maurice. Il ne résistait plus à l'ascendant qu'exerçait sur lui l'homme pieux, illuminé au front de la sublimité de son ministère.
Recourant à un moyen plus expressif que la parole, et moins pénible à sa position, à un moyen qui allait apprendre toute l'histoire de sa vie au bon prêtre fermant déjà les yeux pour l'écouter, Maurice s'élance à l'étagère où repose la caisse de secours et la prend dans ses deux mains.
Surprise qui bouleverse ses prévisions et ses craintes, la caisse est pesante. Il court, la met aux pieds du prêtre, il l'ouvre.
Le prêtre s'écrie:—Vide! n'est-ce pas?
—Pleine! monsieur, répondit Maurice.