—Allons-nous lire tout cela, mon frère? reprit Léonide qui tremblait d'effroi, mais qui n'osait pas devant Reynier se repentir de cette démarche?
—Lire tout cela! mais non; ce sont des titres de propriété. Bornons-nous à la récapitulation et à la volonté du testateur.
—Hâtez-vous, Victor!
—Parbleu, c'est fait. Lisez: ceci résume tout: «Je lègue enfin à mademoiselle Caroline de Meilhan toutes les propriétés susmentionnées et s'élevant à la somme de quinze cent mille francs, mais à la condition expresse que ladite demoiselle Caroline de Meilhan n'épousera aucun homme noble, de quelque nation qu'il soit, à peine de nullité du testament, et de voir passer mon legs universel à la commune de Chantilly.»
—Nous ne sommes pas nobles, au moins, ma sœur?
—Silence! on vient; écoutez! Non, je ne me trompe pas: c'est le pas de monsieur Anastase, le premier clerc. Courez à l'escalier, à la porte; renvoyez-le... je ne sais comment... mais renvoyez-le!
Reynier était déjà à la porte de la rue.
Léonide ouvrit le corsage de sa robe et y coula le dépôt fait la veille par le colonel Debray: c'était le plan de campagne de la Vendée.
Quand Victor entra, elle chantait.
—Ce n'était rien, ma sœur; vous vous êtes sottement effrayée. Mais, pour plus de précaution, et afin qu'une seconde fois vous ne me causiez pas la même terreur, j'ai donné deux tours de clef à la porte d'entrée. Nous n'attendons personne; et, si Maurice arrivait, il serait obligé de sonner. Voulez-vous être convaincue, ma sœur, de ce mépris que je vous inspirais hier pour ces mystères dont vous demandiez la clef à Maurice? Asseyez-vous dans ce fauteuil et laissez-moi vous instruire.