—Vous possédez la divine prévoyance de tout ce qui est bien, ma sœur; merci!
—Venez, Victor; allons faire un tour de promenade sur la pelouse, en attendant Maurice.
Le ciel était rempli d'étoiles, l'air d'harmonies délicieuses.
XII
A la grille du jardin, une calèche s'arrêtait.
La grâce de sa forme, l'éclat de ses panneaux, et surtout la beauté des chevaux noirs qui l'avaient fait glisser sur la pelouse avec la rapidité d'une hirondelle, avaient attiré la curiosité des promeneurs. Tout est événement à Chantilly. Admirer la calèche parisienne était un plaisir comme un autre, plus vif qu'un autre, car c'était le dernier de la journée pour les habitants qui rentraient.
Quand ils virent Maurice descendre de la calèche, leur curiosité devint de la joie. Les uns tinrent à honneur de saisir la bride des chevaux, les autres de l'aider à franchir le marchepied; chacun s'ingénia pour lui témoigner la satisfaction qu'éprouvait le pays à le savoir possesseur de ce signe brillant des progrès de la fortune. Il distribuait des saluts à droite et à gauche, comme en userait un souverain populaire rentrant dans sa bonne capitale. Il fut reçu par sa femme, merveilleusement ébahie, et par son beau-frère Reynier, qui, du haut du perron, répétait avec orgueil à sa sœur: «Eh bien! trouverez-vous encore que les châles de cachemire sont trop longs?»
Maurice fut modeste: il ne dit pas que ces chevaux étaient anglais, de pur sang, ni qu'ils sortaient des écuries d'un pair d'Angleterre, ni qu'ils avaient gagné le prix du roi aux courses de New-Market.
Reynier affirma sur son honneur qu'ils coûtaient dix mille francs.
Léonide disait au fond de son cœur:—Nous avons des chevaux!