C'était un monde nouveau pour la simplicité un peu sauvage de Caroline, que ce langage si plein de tendres insinuations; elle le savourait avec une innocence de bonheur qui eût rendu facile la tâche de toute autre, encore moins habile que Léonide.
—Je ne vous comprends pas, madame, murmura Caroline en laissant presque tomber sa tête sur l'épaule caressante de sa nouvelle amie.
—Pourquoi ne m'avoueriez-vous pas que vous aimez, si votre affection est digne de vous?
—Je n'ai pas d'affection... je ne sais...
—S'il a un nom, une fortune... nous éclaircirions d'ailleurs vos doutes. Ne suis-je pas votre amie? N'est-ce pas mon devoir de vous conseiller? Comme vous avez un sens droit, Caroline, une âme candide, je suis persuadée que votre attachement est bien placé, et qu'il ne reste, à monsieur Clavier qu'à confirmer votre choix.
—Oh! combien je crains monsieur Clavier, madame! presque autant que je vous aime.
—Vous avez tort. Monsieur Clavier sera le premier à se réjouir de votre inclination, si vous ne tardez pas trop à en faire l'aveu; car le mystère gâte les plus honnêtes sentiments. C'est un digne homme; il souffre,—il nous le confie chaque jour,—de penser qu'il peut vous laisser, par une mort trop prompte, seule et isolée au monde. Dût-il vivre encore de longues années, son arrière-vieillesse serait consolée d'avoir pour appui une nouvelle famille.....
—Il vous a dit cela, madame?
—Mais sans doute. Ainsi, vous n'avez plus aucun motif, mon enfant, pour cacher si vous aimez, à moi surtout qui d'avance suis en position de vous dire la manière dont monsieur Clavier apprendra votre amour.
—Eh bien, madame, puisque vous êtes si bonne, puisque vous m'aimez tant...