—Je ne l’ignorais pas, monseigneur.

—C’est donc pour me nuire, me perdre, m’assassiner, que vous n’avez pas détruit ces chiffres?

—Pourquoi les aurais-je détruits?

—Il faut donc que je descende encore à vous dire que le roi a remplacé dans ses affections, où nul n’a le droit de pénétrer, madame de Montespan par madame de Maintenon?

—Je savais aussi cela, monseigneur, et je regrette une confidence semblable, puisqu’elle paraît tant vous affliger.

—Mais expliquez-vous, monsieur! puisque vous n’ignoriez aucun de ces faits, pourquoi ne m’avez-vous pas épargné la ruine dont je suis menacé?

—Monseigneur, répondit l’intendant, si j’ai conservé partout où il a été placé le chiffre de madame de Montespan et du roi, c’est que le nom de madame de Maintenon comme celui de madame de Montespan commence par un M. Le roi croira que c’est une des mille surprises que vous lui avez préparées. Il verra dans ce chiffre la première lettre de son nom et la première lettre du nom de madame de Maintenon, qui ne sera pas moins flattée de votre ingénieuse courtoisie. Voilà pourquoi je n’ai pas anéanti ces deux lettres qui vous ont tant causé de peine, monseigneur.

—Dès ce moment vos gages sont triplés, dit le duc d’Antin à son intendant. N’oubliez qu’une chose, c’est que je me suis mis en colère devant vous. Vous pouvez vous retirer, monsieur.

Ainsi que l’intendant l’avait prévu et si adroitement dit pour sa défense, le roi et madame de Maintenon prirent pour une délicieuse galanterie du duc d’Antin la répétition de leur chiffre semé avec tant de prodigalité autour d’eux.

Le roi et madame de Maintenon, au jour et à l’heure indiqués, vinrent donc à Petit-Bourg avec toute leur suite, leurs officiers, leurs gens et leurs carrosses.