En traversant la cour, Louis XIV causait affectueusement avec son frère; Anne d’Autriche, au contraire, se tenait sur la réserve avec sa bru, Madame.
Tout-à-coup des pas redoublés de chevaux résonnèrent: ils étaient si multipliés et si bruyans que la foule rassemblée dans la cour des Bornes cessa ses acclamations et se précipita vers la grille.
La calèche du roi se trouva isolée; Fouquet fut interdit.
C'était une compagnie entière de mousquetaires gris, appareil militaire assez inusité au milieu d’une cérémonie pacifique, qui avait escorté les voitures de la cour depuis Fontainebleau jusqu'à Vaux, et qui se présentait pour entrer.
Peu préparé à cette surprise hostile, le surintendant éprouva une anxiété dont il s’efforça de cacher les marques sous une indifférence affectée.
Le commandant des mousquetaires avait déjà franchi la grille et caracolait dans la cour des Bornes, broyant sans pitié le gazon et les pierres.
Louis XIV se leva dans sa calèche, et se tournant vers cet officier, il lui dit d’une voix brève et émue:
«Sortez, monsieur d’Artagnan; vous n'êtes pas chez moi ici. On vous a commandé pour honorer notre royale personne, et non pour la garder là où elle n’a aucun danger à courir. Ce zèle est offensant pour notre hôte. Vous et vos mousquetaires, placez-vous à distance, attendant l’heure où il nous plaira de partir.»
Se tournant vers Fouquet:
«Monsieur, je vous demande pardon pour mes mousquetaires; ils n’ont pas appris de notre roi chevalier que chez Dieu, sa femme et son ami on n’entre jamais armé.»