Le prince s’arrêta pour penser.
—Les trois soldats allemands qui ont volé votre vin, reprit-il, me seront livrés ce soir; on les connaît. Je vous prie de venir encore demain ici avant l’heure où le conseil s’assemblera pour les juger. Soyez au château à dix heures du matin.
Le fermier fut exact; rien jusque alors n’avait ébranlé sa détermination d'être vengé. Ancien soldat, comme il l’avait dit, il avait dans le cœur la colère bruyante du paysan pillé et la colère silencieuse du soldat vaincu. La raison et la pitié étaient fort à l'étroit entre ces deux passions.
—Voilà les trois soldats dont vous avez à vous plaindre; ce sont trois frères, Saxons tous les trois, dit le prince au fermier.
—Je ne m’attendais pas à voir trois frères dans mes pillards, se dit le fermier; c’est dur de les faire fusiller; mais c’est leur faute.
—Avant de les envoyer devant leurs juges, il m’a plu, dit le prince, de vous réunir vous et eux à ma table. Messieurs, nous allons déjeuner tous les quatre. Asseyons-nous.
Quand les trois autres invités, assez embarrassés d’abord de leur position respective, eurent bu les deux ou trois coups de vin vieux que leur avaient versés les domestiques, ils commencèrent à s’habituer à leur propre présence.
—Où avez-vous fait la guerre? dit ensuite le prince au fermier.
—En Italie et en Allemagne, mon prince.
Comprenant parfaitement le français, les trois Saxons écoutaient de toutes leurs oreilles.