—Monseigneur, plus lentement, c’est impossible. Les chevaux dorment, s’ils ne sont morts.
—C’est bien, La Brie, toujours ainsi.
Le chemin ne fut plus troublé par aucun bruit de roues, les voyageurs par aucune secousse. Le sifflement des cartes qui effleuraient le velours du coussin fut seul sensible. En entrant dans Villejuif, Gourville avait déjà perdu cinq cents belles pistoles.
Tandis qu’on relayait, lui et son adversaire eurent le temps d’aller saluer une dame d’Humières retirée dans un château des environs. Ils étaient de retour que les chevaux étaient à peine attelés.
De nouveau en route, le maréchal, trop homme du monde, ou plutôt de cour, pour profiter brutalement de la victoire, proposa la revanche à Gourville. Gourville accepte. Les cartes sont étalées. Il est inutile de constater l’imperturbable lenteur des chevaux, bien qu’ils fussent tout frais sortis des écuries, et que la route de Villejuif à la Cour-de-France soit unie comme l’eau.
Gourville n’est pas en veine: il perd cinq cents autres pistoles, puis mille, puis deux mille, enfin tout ce que Gourville a sur lui en or et en billets. La perte passe cinq mille.
—Vous êtes un galant homme, Gourville, et qui valez mieux que le sort. Je vous joue sur parole ce qu’il vous plaira. Parlez.
—Non pas sur parole, maréchal; le surintendant a toujours vent des enjeux, et il a la magnifique générosité de les tenir quand nous sommes décavés; ce qui est d’une grande ame, je l’avoue. Mais je serais désolé, cette fois, d’avoir recours à lui pour garantir ma dette. Va, si vous le voulez, pour ma ferme de Ris, située près du village de ce nom, et où j’ai déjà eu l’honneur de vous inviter à rafraîchir notre second relais. Je vous joue, maréchal, ma ferme de Ris.
—Gourville, ce sera contre vingt mille pistoles, qu’elle vaille plus ou moins. Mais en trois coups.
—Soit, maréchal. A vous les cartes.