—M’auriez-vous mal compris? répliqua le maréchal. J’en serais désolé, mon ami. J’ai jeté les cartes dans les ravins, non parce que je n’avais pas l’intention de vous offrir la revanche, et que vous n’aviez plus d’argent sur vous ni de propriété sur la route; seulement, Gourville, croyez-moi, parce que l’ingrate fortune vous assassinait sans pitié, et me faisait honte de mon bonheur!

Un rayon de joie éclaira le visage de Gourville. Joueur délicat, il savait bien que toute revanche a une fin; mais, joueur acharné, il désirait l'éloigner le plus possible.

—Çà, Gourville! marquez-moi votre désir: voulez-vous que, d’ici à mon château de Beauvoir, je vous tienne encore tête? C’est une lieue de bon. Voyons, les cinq mille pistoles, la ferme de Ris que je vous ai gagnée, et, en plus, mon château de Beauvoir, contre votre propriété en Beauce!

Gourville embrassa le maréchal.

—Et! oui, Clairembault! s'écria-t-il, et nargue du malheur! Mais des cartes?

—Mais des cartes! répéta le maréchal.

Là-dessus ils renouvelèrent le geste qui avait si heureusement, la première fois, amené des cartes, et leurs poignets, se rencontrant encore, heurtèrent deux cornets où sonnaient trois dés.

—Au passe-dix!

—Au passe-dix! maréchal.

Et tandis que les chevaux arrivaient à peine devant les marroniers de Petit-Bourg, nos deux joueurs, s'échauffant, lançaient les dés et leur ame à qui mieux mieux.