Ce lustre à girandoles vaut 10,000 francs; ce sofa est en velours d’Utrecht; Puget a sculpté ces bas-reliefs; ils sont transportés de la Villa-Albani; lisez Winckelmann.

Ce tableau est de Rubens; c’est au couronnement du roi qu’il fut donné au château.

Cet autre salon (il l’ouvrit encore) est celui d'été. Des siéges en joncs de Madagascar; des volières chères au goût de madame. Cette épinette m’a coûté cent louis. Admirez ce plafond; c’est l’apothéose d’Hercule par un élève de Boucher; la cuisse d’Hercule est un chef-d'œuvre: le reste est un peu incorrect; mais n’importe, l’ouvrage est admirable.

Et quelle vue! Voyez le soleil se coucher: il marque les heures en lignes d’or sur le parquet; Lalande a dessiné ce gnomon. Quel homme que Lalande! les astres ont beaucoup perdu à sa mort.

Passons à gauche; et il fit le simulacre d’ouvrir trois portes.—N’admirez-vous pas cette belle disposition? Pierre, annoncez-nous?

—Oui, monsieur le marquis.

Pour complaire à son maître, Pierre se découvrit, et d’une voix émue, avec la pénible complaisance d’un ami qui exécute la capricieuse volonté de son ami mourant, il nous annonça. Hélas! cette voix triste et flétrie tomba sans écho dans l’espace.

—C’est bien! cria le marquis, comme ébloui du faste qui le frappait. Asseyons-nous sur cette ottomane, et que je vous dise.

Il s’assit sur les cailloux: c'était pitié.

Il serra familièrement ma main, jeta son bras autour de mes épaules; et les jambes nonchalamment croisées, avec cette fatuité de jeune homme qui laisse déjà lire sur son visage la bonne fortune qu’il va révéler, il me dit tout bas:—C’est aujourd’hui réception au château. Ce beau jeune homme en frac vert (je suivis l’indication de son doigt), c’est un fermier général qui se meurt d’amour pour Sophie Arnould; il est pourtant marié avec une des plus belles demoiselles de l’ancienne noblesse. Savez-vous son aventure? Ennuyée de ses persécutions, la Sophie a profité d’une absence en Belgique de cet amant pour envoyer à sa femme deux enfans et une toilette en porcelaine du Japon qu’elle a de lui. Et Sophie est là. Je voudrais qu’elle vous chantât la complainte sur le maréchal de Soubise; elle est un peu libre, mais c’est pétillant d’esprit. On l’attribue à Boufflers, à ce charmant vaurien. Connaissez-vous Colardeau le poète?