Je vous invite, Gourville, s'écria-t-il, à vous arrêter à mon château de Beauvoir. A vous, mon maître, d’en faire les honneurs! Il vous appartient, comme au roi la couronne, et vous allez voir si je le résigne avec dignité.

Ils mirent pied à terre.

A Beauvoir se reproduisit la scène de donation de Ris; mais Clairembault mit une gaieté, un faste, une solennité singulière à faire reconnaître par ses gens, qui cessaient d'être à lui, Gourville devenu acquéreur de son château depuis une heure. Après le déjeuner, qui fut excellent, les vassaux et les vavassaux le proclamèrent, sur le perron, selon la coutume de l’Ile-de-France, seigneur de Beauvoir et terres y adjacentes. Il fut très-digne, quoique un peu chancelant du dessert. C'était excusable; sa position l’entraînait: il avait, pour les reconnaître, goûté tous les vins.

Quand lui et Clairembault remontèrent en calèche, les paysans et vassaux crièrent jusqu'à mi-côte: Vive monseigneur de Gourville, notre seigneur de Beauvoir!

—Coup du sort! dit Gourville; vous étiez, il y a une heure, seigneur de Beauvoir, je le suis à présent; à deux fois vous m’avez gagné et fourni la revanche; je ne vous en ai gagné qu’une: c’est une revanche qui vous revient, maréchal. Sur mon épée de gentilhomme et ma seigneurie nouvelle de Beauvoir, elle vous sera octroyée selon votre bon plaisir.

—Laissons cela, Gourville.

—Maréchal, je deviendrais plutôt votre vassal, si vous n’acceptiez.

—Bien!—mais plus que celle-ci.

—Oui! maréchal, mais décisive. Que jouons-nous? Parlez.

—Beauvoir contre Mennecy, contre ma pêcherie de ce nom, dont Villeroi est suzerain. Vous avez le château de Beauvoir, ayez la pêcherie de Mennecy: c’est le médaillon au collier. Encore au passe-dix; vous plaît-il?