Sophie écrivait alors à la belle Juliette:

«M. Ballanche aura la première voix de M. de Lamartine, chère Madame, il me charge de vous en donner l'assurance, et je lui rends grâces de m'offrir cette occasion de vous prouver le zèle de ma vieille amitié.

«SOPHIE GAY[ [28].

«14 janvier 1841.»

Et quelques jours après:

«Je vous envoye le petit billet que je reçois de Mme de Lamartine, chère Madame, pour vous prouver le vif intérêt qu'elle et son mari prennent à M. Ballanche. J'y ajouterai que la voix nécessaire est, dit-on, acquise. C'est ce que nous a bien affirmé hier M. (illisible) qui est ordinairement très instruit des votes académiques. J'ai tant le désir de vous donner, la première, cette bonne nouvelle que je l'aventure peut-être, mais vous me le pardonnerez, n'est-ce pas?

«SOPHIE GAY[ [29]

Cependant Ballanche ne fut élu que le 17 février 1842, en remplacement d'Alexandre Duval, ce qui fit dire à Alfred de Vigny, son concurrent:

«Ballanche est nommé, et j'en ai été très content. C'eût été pour lui un malheur véritable que de n'être pas reçu cette fois, car ce refus eût été le dernier! Que d'académiciens à qui je prêchais son mérite, à qui j'apprenais le nom de ses œuvres et qui ne les ont pas encore lues[ [30]

Revenons quelque peu en arrière. Mme Récamier et Sophie Gay avaient fait assaut plus d'une fois de beauté et d'esprit dans les mêmes salons, sous le Consulat; mais, tout en ayant l'une pour l'autre une réelle sympathie,—et quelques amis communs, dont Mme de Staël et Benjamin Constant,—elles n'avaient jamais eu l'occasion de se lier avant leur rencontre à Aix-la-Chapelle. Elles rattrapèrent pendant le Congrès tout le temps perdu. Nous avons une lettre de Sophie Gay à sa belle-sœur, où elle parle de Mme Récamier en ces termes: