On confie à l'amour le secret d'un instant;
Mais au poète aimé l'on redit sans mystère
Ce que Dieu seul entend.
Ces vers sont du mois de juin 1829. Lamartine venait de passer un mois à Paris quand il les reçut un matin à Mâcon. Il en fut d'autant plus flatté qu'ils étaient accompagnés d'un joli portrait de Nisida, la petite chienne qu'il avait donnée à Delphine.
«Nisida est parfaite, lui écrivait-il le jour même, et le nom de sa maîtresse m'empêchera de l'égarer[ [78]...»
A quoi Delphine répondait:
«Venez bien vite consacrer par votre voix poétique notre nouvelle demeure dont le plus grand mérite est d'être aussi fort près de l'hôtel de Rastadt[ [79]. Il me tarde bien de vous y voir, et de m'entendre annoncer le monsieur qui a un chien. Nisida appelle à grands cris Fido, et maman le petit chien que vous lui avez promis. Moi, je demande des vers, toujours des vers et un souvenir[ [80].»
Lamartine avait hérité de saint François d'Assise l'amour des bêtes, et quand on les aimait, on était sûr de trouver le chemin de son cœur. Au plus fort de sa détresse (1852), il mandait un jour à Dargaud:
«Tout est triste, mais rien n'est désespéré tant qu'il reste un Dieu dans le ciel, des amis sur la terre, un cheval à l'écurie, un chien au foyer[ [81].»
La perte d'un chien lui était presque aussi cruelle que celle d'un ami. Quand il perdit Fido, il écrivait à Aymon de Virieu: