Il s'agissait de la première représentation d'Angelo, qui eut lieu au Théâtre-Français le 28 avril 1835. Quelques années après, Victor Hugo n'aurait pas été en peine de placer Delphine. Il se serait souvenu de l'homme d'esprit qui, le voyant un jour, pendant un entr'acte à la Porte-Saint-Martin, assailli par les quémandeurs de billets, l'avait tiré d'embarras de la façon suivante:

—Je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous, Monsieur, mais j'espère que vous voudrez bien me permettre de vous faire un cadeau.

—A moi, Monsieur?

—A vous-même!... une chose qui vous fera grand plaisir...

—Laquelle, je vous prie?

—Je veux vous offrir un billet pour le jour de votre réception à l'Académie. On m'en a promis un, et c'est à vous que je l'enverrai, car je vois bien que vous n'en aurez jamais assez!

En entendant ce petit dialogue, les importuns, comprenant leur indiscrétion, s'éloignèrent, et Nestor Roqueplan se nomma.

Voici maintenant un petit billet du 1er juillet 1840, dont j'ai cherché longtemps l'objet.

«Je vous remercie, Madame, disait Hugo, de tenir à ces vers. Vous les aurez, soyez tranquille. Seulement vous, si charmant poète, vous me faites un peu l'effet d'un oranger chargé de fruits d'or qui réclame une noisette. Vous aurez votre noisette...[ [159]

Quels pouvaient bien être ces vers? En remuant les papiers de Delphine, j'en fis tomber une feuille sur laquelle on pouvait lire ces lignes, non datées, de Victor Hugo: