Son nom est France
Ou Liberté[ [179].
Et il écrivait à Mme de Girardin:
«Marine-Terrace, 8 juillet 1853.
«Voici le printemps qui arrive. On me dit que dans un mois Jersey sera un bouquet. Je vous l'offre. Oui, venez. Vous l'avez promis. Vous verrez ma petite cabane sur laquelle viennent écumer sans lui faire peur ni trouble la mer et la haine. Ce sera charmant de vous voir; nous mettrons en commun chacun ce que nous avons, vous vos triomphes et votre splendeur, moi ma solitude et mes rêves. Vous échangerez votre Paris contre mon Océan. Et puis vous me permettrez de vous aimer sous les deux espèces, comme une charmante femme et comme un grand esprit[ [180].»
Et comme Mme de Girardin ne venait pas, le grand poète reprenait sa romance d'amour:
«O grand esprit, et charmante femme, que de choses à vous dire et par où commencer? D'abord je gronde, je bougonne, je me plains, je hurle comme Isaïe qui hurlait comme un loup, je suis très malheureux, je n'ai pas Lady Tartuffe[ [181]! Je la vois dans tous les journaux faire un tour d'Europe triomphal, je l'appelle, je l'entends, je crie:
«La méchante qu'elle est se bouche les oreilles
Et me laisse crier.
«Et elle ne vient pas, malgré vos promesses qui ressemblent à celles de l'été 1853, malgré vos serments qui ressemblent à ceux de l'hiver 1848.
«C'est de Lady Tartuffe livre que je parle, bien entendu, car Lady Tartuffe en chair et en os, autrement dit Rachel, quoi que m'en dise votre lettre, je ne l'attends pas du tout et je ne l'ai jamais attendue. A Bruxelles, elle n'avait que la place à traverser pour trouver ma porte, et s'en est bien gardée; il est peu probable qu'elle traverse maintenant la mer pour trouver mon île. Du reste, je suis de son avis; une visite ici serait peu saine: exilé, pestiféré.