«Du reste, la foi à une chute prochaine de M. B. est dans l'air; on me l'écrit de toutes parts. Charles disait tout à l'heure en fumant son cigare: 1855 sera une année œuvrée.
«J'ai causé hier de vous avec Leflô, qui vous admire et vous adore: contagion de Marine-Terrasse. Comme il vient souvent me voir, cela lui vaut à Paris l'ouverture de ses lettres, et dernièrement le préfet de police en aurait envoyé une au ministre de la guerre qui l'aurait montrée à NUMÉRO III, lequel aurait lu, puis dit: Allons, Victor Hugo a fait de ce Leflô un rouge.
«Leflô m'a redit le mot; je l'ai félicité. «D'ici à deux mois, vous aurez les Contemplations. Envoyez-moi votre nouveau succès. Vous trouverez sous cette enveloppe le speach dont vous me parlez, qui a fait bruit en Angleterre, et m'a valu une menace en plein parlement à laquelle j'ai riposté. Je vous envoie, sous ce pli, ma réplique à la menace[ [195].
«Les Tables vous disent, en effet, des choses surprenantes. Que je voudrais donc causer avec vous, et vous baiser les mains, les pieds ou les ailes! Paul Meurice vous a-t-il dit que tout un système quasi-cosmogonique, par moi couvé et à moitié écrit depuis vingt ans, avait été confirmé par les tables avec des élargissements magnifiques? Nous vivons dans un horizon mystérieux qui change la perspective de l'exil,—et nous pensons à vous, à qui nous devons cette fenêtre ouverte.
«Les Tables nous commandent le silence et le secret. Vous ne trouverez donc dans les Contemplations rien qui vienne des Tables, à deux détails près, très importants, il est vrai, pour lesquels j'ai demandé permission (je souligne) et que j'indiquerai par une note[ [196].»
Hélas! l'homme propose et c'est trop souvent la mort qui dispose. Les Contemplations, qui devaient paraître au printemps de 1855, ne parurent qu'en 1856, quand Mme de Girardin n'était plus de ce monde. C'est pour cela, sans doute, que Victor Hugo supprima la note et les détails relatifs aux tables tournantes de son illustre amie[ [197]. Mais il mit à la place quelque chose qui vaut infiniment mieux pour sa mémoire. Ouvrez le premier volume de ces Contemplations, vous y trouverez les vers suivants sous les initiales D. G. D. G. (Delphine Gay de Girardin), qui la désignent au lecteur averti:
Jadis je vous disais: Vivez, régnez, Madame!
Le salon vous attend, le succès vous réclame!
Le bal éblouissant pâlit quand vous partez!
Soyez illustre et belle! Aimez! riez! chantez!