—Tu sais, pas de blague! si je ne les ai pas avant la nuit, je fais comme la petite dame de l'hôtel de Bade.

—Allons, allons, ne te chagrine pas, tu les auras.

—Et puis, tant que j'y pense... tu feras peut-être bien de payer le terme aussi.

—Aïe, aïe, tu crois?

—Dame, c'est toi qui l'as prétendu tout à l'heure.

—Enfin... soit. Mais il faudra que tu sois joliment mignonne. Adieu, Fifine, et le duc sortit.

—Va donc, grand serin, murmura Zoé en se jetant sur son canapé.

IV

DOUBLE CROISEMENT

L'allée des Acacias resplendit dans la jeune gloire du printemps. Les grands arbres, doucement remués par une brise vague, répandent une ombre fraîche et un large flux de senteurs embaumées. Les rayons obliques du soleil couchant glissent parmi les floraisons et les verdures comme des regards souriants à travers les cils d'une blonde amoureuse. Une légère buée flottante noie les coteaux de Saint-Cloud dans un lointain nébuleux. Toutes les vigueurs et toutes les allégresses des bois ressuscités s'agitent dans le tremblement des feuillages. Les arbustes, les herbes, les fleurettes des massifs, éveillés de l'engourdissement hivernal, aspirent joyeusement leur part de vie, sous le balancement uniforme et cadencé des hautes branches. L'azur transparaît à la cime des arbres, purifié et avivé par le souffle du vent. Quelques flocons de nuages s'abaissent vers l'Occident et s'illuminent des teintes fauves d'un embrasement; mille reflets ondoient sous l'épaisseur des rameaux tendres, comme projetés par des miroirs fugitifs. Ils se poursuivent, se croisent et s'entremêlent, pour se séparer encore et recommencer sans fin leurs danses lumineuses.