—Eh! eh! peut-être bien!
—Ce sont les jeux de reine.
—Qui valent bien le jeu de l'oie, j'imagine.
—Vous êtes vraiment ravissante ainsi. Je dînerai ce soir avec vous.
—Non, non, mon ami. On vous traiterait d'infidèle de l'autre côté de l'eau.
La duchesse descendit alors dans la cour, se jeta au fond d'un coupé bleu, attelé de deux alezans rapides, en disant au valet de pied:
—Place Vendôme, au ministère de la justice.
Le duc de Belverana se trouvait déjà auprès du directeur des affaires criminelles. Il dit tout le bien qu'il put imaginer de Mérigue sans toutefois faire la plus petite allusion au grand secret qui lui était confié. Le chef de service l'écouta avec déférence et lui répondit:
«Je ne demande pas mieux, monsieur le duc, que de faire un rapport favorable à vos désirs, mais le condamné doit au préalable épuiser les juridictions. Qu'il aille d'abord en appel. Nous verrons ensuite.»
Le duc en sortant croisa Blanche de Largeay dans les corridors du ministère. Il la salua le plus gracieusement du monde, lui demanda des nouvelles de sa santé, et ne lui souffla pas un mot du motif identique qui les avait amenés tous deux dans les antichambres de l'administration. La duchesse demeura près d'une heure avec le directeur des grâces. Elle essaya de toutes les instances et de toutes les supplications, mais se heurta constamment à la même réponse: «Qu'il fasse d'abord appel, nous verrons ensuite...» Comme elle sortait toute courroucée avec des larmes de dépit dans les yeux, elle rencontra M. Gilet qui se précipita sans la saluer dans le cabinet du chef de service. Il en sortit au bout de quelques minutes, et la duchesse entendit ces paroles prononcées par le directeur: