—Mais il t'envoie chaque jour des fleurs!...
—Des rossignols!... achetés au rabais sur les brouettes qui passent dans les rues... Eh! chère maman, vous ne saviez pas tout cela!... Cela prouve qu'à votre âge, vous avez encore des choses à apprendre de votre fille.
—Tu me confonds...
—Ah! vous n'avez pas fini... oui, le duc sera mon mari! C'est entendu. C'est conclu. Je l'aimerai... par convenance... mais quand à lui donner un atôme de mon coeur, vous entendez, un atôme...
La comtesse douairière était anéantie. Elle ne put répliquer à ce trait final et leva les mains au ciel en murmurant à la cantonade: Eh bien! Mesdames, mettez donc vos filles au couvent!...
XI
UNE LECTURE
Le duc de Largeay, prétentieusement accoudé à la grande cheminée du salon blanc et or, pince du bout des lèvres une cigarette du Levant dont il envoie la fumée au plafond en petits cercles bleuâtres géométriquement mesurés. La comtesse douairière de Vannes se concentre sur une broderie d'un dessin compliqué; sa fille, Blanche, à demi vautrée sur un divan, regarde les bibelots et les candélabres d'un air distrait et maussade.
—Eh bien! dit-elle tout à coup, voyant que personne ne se décidait à rompre l'auguste silence, eh bien, duc, nous apportez-vous des nouvelles du boulevard ou du club?
—Oui, ma chère. Enfin, quand je dis des nouvelles, elles se ressemblent toutes ces jours-ci. Ouvrez la première feuille venue, royaliste ou intransigeante, matinale ou vespérale, c'est Mérigue, toujours Mérigue, encore Mérigue. J'ai précisément dans ma poche son discours à la réunion publique.