A ce moment, la plus jeune des soeurs de la victime, Jacqueline, qui avait toujours été sa préférée, ayant participé à tous les jeux et à tous les rêves de son enfance, embrassa le vieux Mérigue sur les deux joues en disant: «Papa a raison. Jacques parviendra... il ramènera le roi sur le trône. Il sera ministre d'Henri V, vous verrez!...

—A la bonne heure, s'écria le père. Voilà le cri de mon sang... bien parlé, fillette.

—Sans doute, observa Marianne, mais en attendant, comment vivra-t-il?... Nous ne pouvons rien lui envoyer... C'est le dénûment!

—S'il pouvait songer à offrir ses souffrances au bon Dieu, hasarda la sainte mère...

—Mais enfin, dit Mathilde, le parti royaliste est riche, il ne laissera pas dans la misère un coreligionnaire aussi méritant... On va se disputer l'honneur de lui trouver une position.

—Il la conquerra, affirma le père.

—Comme les étoiles!... murmura Marianne pensive.

—Et puis, continua le chef de la famille, Jacques se mariera... brillamment... splendidement... il sera riche.

—Précisément, dit Jacqueline, il m'écrivait l'autre jour qu'il avait vu à l'église Sainte-Radegonde, une jeune fille admirablement jolie qui avait paru le considérer attentivement.

—Quand on est en présence de Dieu, observa Mme de Mérigue, on ne doit penser qu'à lui.