—Mettons tous un petit mot, proposa Jacqueline, qu'il sache que nos pensées ne le quittent pas!
Si nous commencions tout de suite? A toi, papa.
M. de Mérigue trempa nerveusement sa plume dans un vieil encrier qui traînait sur la table, et traça ces mots:
«Mon cher enfant,
«Courage! courage! pas de défaillances. Tu as devant toi un magnifique avenir. L'accident que tu as éprouvé est sans portée... et n'infirme pas dans le coeur de ton père l'inébranlable foi qu'il a dans le travail et l'énergie de son fils, du représentant de son nom glorieux. Nous t'embrassons tous.
«Joseph, comte de Mérigue.»
Madame de Mérigue ajouta:
«Mon fils bien-aimé,
«Reconnais la main de Dieu dans le coup qui te frappe et reviens franchement à lui. Confie-toi à sa divine providence, et songe bien que rien n'arrive dans ce monde sans son ordre ou sa permission. Nous pouvons tout avec son secours. S'il nous abandonne, nous sommes impuissants. Prie-le avec ferveur et écoute les conseils de ta mère qui pense toujours à toi.
«Caroline de Mérigue, née de Barat.»
Marianne prit la plume.
«Mon cher frère,
«Il est temps que tu te mettes à réfléchir d'une façon pratique et sérieuse. Si le malheur qui t'arrive te faisait abandonner tes rêves de grandeur, je le bénirais mille fois. Tu es intelligent et bien portant, tu as tout ce qu'il faut pour acquérir une position solide et honorable. Fais des efforts dans ce but et renonce aux chimères qui ont obsédé ta jeunesse. Tu sais bien que ce langage m'est dicté par ma raison et ma fraternelle amitié.
«Marianne.»
Mathilde griffonna impétueusement:
«Mon bien cher Jacques,
«Je suis fière de ta disgrâce. Tu es tombé en combattant le bon combat, quand même tu ne te relèverais pas, ce serait un éternel honneur pour toi et pour nous. Restons ce que nous sommes, dussions-nous mourir de misère. Vive le roi!...
«Mathilde.»