Il est un coin charmant, à nul autre pareil,
Qui produit sur mon cœur un effet de soleil,
Quand mes regards ravis ont cette heureuse chance
De l’aller contempler aux lieux de mon enfance.
C’est une pointe fière au site merveilleux
Qui voit luire à midi trois clochers glorieux,
A ses pieds, un beau lac pleure, chante ou soupire,
En déroulant ses flots vers le point qui l’attire,
Tel un poète aimant qui promène, rêveur,
Un amour incompris qui torture son cœur.
Et je vais tous les ans revoir la pointe-reine
Dont la beauté m’émeut dans sa grandeur sereine.
Un groupe de vieux pins, vainqueurs d’âpres autans,
Dressent près du chemin leurs faîtes triomphants;
De leurs rameaux émane un parfum balsamique
Qui porté par le vent semble un encens mystique.
On communie alors aux purs baisers du ciel
Prodigués à la terre à ces banquets de miel,
Et notre idéal monte en cet endroit de rêve;
Plus haut que le ciel bleu doucement il s’élève,
Au royal Créateur de ce lieu favori,
L’âme adresse tout bas son plus tendre merci!
Je voudrais vivre là, sous la douce caresse,
D’une nature belle, heureuse enchanteresse,
Qui calme nos douleurs en colorant nos jours
Du vert de l’espérance aux effets de velours;
Vivre son existence auprès des cœurs qu’on aime,
Et non loin du clocher où sonna son baptême,
Noyer tous ses soucis dans le grand lac profond
Qui nous sourit, quand même, ayant sa lie au fond;
Revivre ses bonheurs dans leurs rayons d’aurore,
Loin du souffle méchant qui nous les décolore,
Puis s’endormir un jour au doux chant des oiseaux
Qui bercent leurs amours à l’ombre des rameaux,
A l’heure où le soleil descend dans l’orbe rose
Derrière les monts bleus quand s’endort toute chose
Sur l’oreiller divin. Moi je trouve idéal
Ce joli coin d’Eden: la Pointe Cavagnal! (Vaudreuil).
Sur l’Eau
Le blanc bateau voguait sur le fleuve royal,
Gracieux comme un cygne,
Sa coque si jolie au mouvement égal
Bravait l’onde maligne.
Vers l’horizon lointain, l’astre d’or avait fui,
Jetant ses diaprures
Sur les plaines, les monts à l’aspect infini,
Dans toutes les ramures.
La pénombre déjà, sur le flot en éveil
Répandait son mystère,
La nature semblait préparer son sommeil
En disant sa prière.
Dans l’abîme entr’ouvert, il me semblait entendre
La Sirène du Mal,
Ses appels séduisants, sa voix qui se fait tendre,
Son triomphe final.
Oui, le cœur sans appui roulant dans le noir gouffre
Périrait sûrement,
Si Dieu n’était pas là près de l’âme qui souffre
Pour l’aider doucement.
Puis je pensais encore: Et notre volonté,
Quelle est donc sa faiblesse?
Quand il s’agit de l’âme et de l’éternité
Plus grande est sa détresse!