“Je propose donc,” dit le Griffon, “que vous nous racontiez quelques-unes de vos aventures.”

“Je pourrais vous conter mes aventures à partir de ce matin,” dit Alice un peu timidement; “mais il est inutile de parler de la journée d’hier, car j’étais une personne tout à fait différente alors.”

“Expliquez-nous cela,” dit la Fausse-Tortue.

“Non, non, les aventures d’abord,” dit le Griffon d’un ton d’impatience; “les explications prennent tant de temps.”

Alice commença donc à leur conter ses aventures depuis le moment où elle avait vu le Lapin Blanc pour la première fois. Elle fut d’abord un peu troublée dans le commencement; les deux créatures se tenaient si près d’elle, une de chaque côté, et ouvraient de si grands yeux et une si grande bouche! Mais elle reprenait courage à mesure qu’elle parlait. Les auditeurs restèrent fort tranquilles jusqu’à ce qu’elle arrivât au moment de son histoire où elle avait eu à répéter à la chenille: “Vous êtes vieux, Père Guillaume,” et où les mots lui étaient venus tout de travers, et alors la Fausse-Tortue poussa un long soupir et dit: “C’est bien singulier.”

“Tout cela est on ne peut plus singulier,” dit le Griffon.

“Tout de travers,” répéta la Fausse-Tortue d’un air rêveur. “Je voudrais bien l’entendre réciter quelque chose à présent. Dites-lui de s’y mettre.” Elle regardait le Griffon comme si elle lui croyait de l’autorité sur Alice.

“Debout, et récitez: ‘C’est la voix du canon,’” dit le Griffon.