Les flancs élancés, les belles hanches, le ventre plus poli et plus net qu’un miroir, paraissaient, de même que les cuisses blanches, sculptés par Phidias ou par une main plus experte encore. Dois-je aussi parler de ces parties qu’elle s’efforçait en vain de cacher ? Je dirai, en somme, qu’en elle, de la tête aux pieds, se voyait autant de beauté qu’il en peut exister.
Si, dans les vallées de l’Ida, elle eût été vue par le berger phrygien, je ne sais trop si Vénus, bien qu’elle eût vaincu les autres déesses, aurait remporté le prix de beauté. Pâris ne serait point allé dans les pays d’Amiclée violer l’hospitalité sainte, mais il aurait dit : Hélène, reste avec Ménélas, car je n’en veux pas d’autre que celle-ci.
Et si elle avait été à Crotone, lorsque Zeuxis, voulant exécuter le tableau destiné au temple de Junon, fit poser nues tant de belles auxquelles il fut obligé, pour obtenir la perfection, de copier à chacune une partie du corps, il n’aurait pas eu besoin d’avoir recours à d’autres qu’à Olympie, car toutes les beautés étaient réunies en elle.
Je ne crois pas que jamais Birène eût vu ce beau corps dans sa nudité, car je suis certain qu’il n’aurait pas eu le courage de l’abandonner dans l’île déserte. Obert s’en enflamme, et j’en conclus que le feu ne peut rester couvert. Il s’efforce de la consoler et de lui donner l’espoir qu’un grand bien sortira du malheur qui l’accable en ce moment.
Et il lui promet d’aller avec elle en Hollande, et de ne se point reposer qu’il ne l’ait rétablie dans ses États, et qu’il n’ait tiré une juste vengeance du parjure et du traître. Il y emploiera toutes les forces dont peut disposer l’Irlande, et il se mettra à l’œuvre le plus promptement possible. En attendant, il fait chercher parmi les maisons à demi brûlées des robes et des vêtements de femme.
Il ne sera pas besoin, pour trouver des robes, d’en envoyer chercher hors de l’île, car il en est resté un grand nombre appartenant aux femmes données chaque jour en pâture au monstre. Sans chercher beaucoup, Obert en trouva en abondance et de toutes sortes. Il en fit revêtir Olympie, s’excusant de ne pouvoir la parer comme il aurait voulu.
Mais ni la soie brillante, ni l’or le plus fin qui soit jamais sorti des mains des Florentins industrieux, ni aucun vêtement, eût-il été l’œuvre de la patience et des soins de l’habile Minerve ou du dieu de Lemnos, ne lui auraient paru dignes de parer et de couvrir les beaux membres dont le souvenir le poursuivait sans cesse.
Le paladin Roland se montra à tous les points de vue très content de cet amour ; outre que le roi ne laisserait pas impunie la trahison de Birène, il se voyait par cette intervention déchargé d’une grave et ennuyeuse mission, car il n’était pas venu dans ces lieux pour Olympie, mais pour porter secours à sa dame.
Il était maintenant assuré qu’elle n’était pas dans l’île ; mais il n’avait pu savoir si elle y était venue, tous les habitants étant morts, et pas un seul n’étant resté d’une si grande population. Le jour suivant, on quitta le port, et ils s’en allèrent tous ensemble sur la flotte. Le paladin les suivit en Irlande, pour continuer sa route vers la France.
Il s’arrêta à peine un jour en Irlande, et les prières ne purent le faire rester davantage. Amour, qui le pousse à la recherche de sa dame, ne lui permet pas de s’arrêter plus longtemps. Il partit après avoir recommandé Olympie au roi. Il n’était pas besoin de rappeler à ce dernier ses promesses, car il fit beaucoup plus qu’il n’avait été convenu.