Il les place aux endroits opportuns pour barrer le passage aux barbares. Là, il se contente de mettre peu de monde ; ici une forte compagnie suffit à peine. Les uns sont chargés de manœuvrer les feux et les autres machines, suivant les besoins. Charles ne reste pas inactif. Il se porte çà et là, organisant partout la défense.
Paris s’étend dans une grande plaine, au centre de la France, presque au cœur. Le fleuve passe entre ses murs, la traverse et ressort de l’autre côté. Mais auparavant, il forme une île et protège ainsi une partie de la ville, la meilleure. Les deux autres — car la ville est divisée en trois parties — sont entourées, en dehors par un fossé, en dedans par le fleuve.
La ville, de plusieurs milles de tour, peut être attaquée par plusieurs points. Mais Agramant se décide à ne donner l’assaut que d’un côté, ne voulant pas éparpiller son armée. Il se retire derrière le fleuve, vers le Ponant. C’est de là qu’il attaquera, parce qu’il n’a derrière lui aucune ville, aucun pays qui ne lui appartienne jusqu’en Espagne.
Tout autour des remparts, Charles avait fait rassembler d’immenses munitions, fortifier les rives par des chaussées, élever des bastions, creuser des casemates. A l’entrée et à la sortie de la rivière dans la ville, de grosses chaînes avaient été tendues. Mais il avait surtout veillé à mettre en état les endroits où il craignait le plus.
Avec des yeux d’Argus, le fils de Pépin prévoit de quel côté Agramant doit donner l’assaut ; le Sarrasin ne forme pas un projet sans qu’il ne soit immédiatement déjoué. Marsile, avec Ferragus, Isolier, Serpentin, Grandonio, Falsiron, Balugant et les guerriers qu’il a amenés d’Espagne, se tenaient dans la campagne tout armés.
Sobrin était à sa gauche, sur la rive de la Seine, avec Pulian, Dardinel d’Almonte et le roi d’Oran, à la stature de géant et long de six palmes des pieds à la tête. Mais pourquoi suis-je moins prompt à mouvoir ma plume que ces guerriers à se servir de leurs armes ? Le roi de Sarse, plein de colère et d’indignation, crie et blasphème, et ne peut rester en place.
De même que, dans les jours chauds de l’été, les mouches importunes ont coutume de se jeter sur les vases rustiques ou sur les restes des convives, avec un bruit d’ailes rauque et strident ; de même que les étourneaux s’abattent sur les treilles rouges de raisins mûrs, ainsi, remplissant le ciel de cris et de clameurs, les Maures se ruaient tumultueusement à l’assaut.
L’armée des chrétiens est sur les remparts ; inaccessibles à la peur, et dédaignant l’orgueilleuse témérité des barbares, ils défendent la ville avec les épées, les lances, les pierres et le feu. Quand l’un d’eux est tué, un autre prend sa place. Il n’en est point qui, par lâcheté, quitte le lieu du combat. Sous la furie de leurs coups, ils rejettent les Sarrasins au fond des fossés.
Ils ne s’aident pas seulement du fer ; ils emploient les gros quartiers de roches, les créneaux entiers, les murs ébranlés à grand’peine, les toits des tours. L’eau bouillante versée d’en haut fait aux Maures d’insupportables brûlures. Ils résistent difficilement à cette pluie horrible qui pénètre par les casques, brûle les yeux,
Et fait plus de ravages que le fer. Qu’on pense à ce que devaient produire tantôt les nuées de chaux, tantôt les vases ardents d’où pleuvent l’huile, le soufre, la poix et la térébenthine. Les cercles entourés d’une crinière de flammes ne restent pas inactifs. Lancés de tous côtés, ils décrivent de redoutables courbes sur les Sarrasins.