L’histoire donne Sansonnet comme un guerrier valeureux. Roland lui donna le baptême et Charles — ainsi que je l’ai déjà dit — lui confia le gouvernement de la Terre Sainte. Astolphe et lui partirent avec leurs équipages pour se trouver à la joute qui s’apprêtait à Damas, ainsi que la Renommée le chantait de façon à en emplir toutes les oreilles aux environs.
Ils chevauchaient à petites journées, lentement et sans se presser, afin d’arriver frais et dispos à Damas pour le jour du tournoi, lorsqu’ils rencontrèrent, au croisement de deux routes, un voyageur dont les vêtements et la démarche semblaient indiquer un chevalier. C’était cependant une femme, mais fière et intrépide dans les batailles.
La jouvencelle se nommait Marphise. Sa valeur était telle que, l’épée en main, elle avait plus d’une fois fait couler la sueur du front du redoutable sire de Brava, et du sire de Montauban. Nuit et jour armée, elle allait çà et là, cherchant à travers les monts et les plaines des chevaliers errants à combattre, et à acquérir une gloire immortelle.
En voyant Astolphe et Sansonnet qui venaient à sa rencontre couverts de leurs armes, et qui tous deux étaient grands et vigoureux, elle comprit qu’elle avait affaire à des guerriers de mérite. Dans son désir d’éprouver leur vaillance, elle avait déjà éperonné son destrier et s’apprêtait à les défier, lorsque arrivée plus près d’eux, et les ayant regardés plus attentivement, elle reconnaît le duc paladin.
Elle se rappelle les prévenances du chevalier, pendant qu’il était avec elle au Cathay ; elle l’appelle par son nom, ôte ses gantelets, lève sa visière, et lui tend les bras en lui faisant une grande fête, bien qu’elle soit plus fière que n’importe qui. De son côté, le paladin ne fait pas à la dame un accueil moins respectueux et moins affable.
Ils se demandent mutuellement où ils vont. Astolphe répond le premier ; il lui dit qu’il s’en va à Damas, où le roi de Syrie a invité les chevaliers experts aux armes à venir montrer leur vaillance. Marphise, toujours disposée aux belles prouesses : « — Je veux — dit-elle — tenter avec vous l’entreprise. — »
En somme, Astolphe, ainsi que Sansonnet, sont charmés de l’avoir pour compagne d’armes. Ils arrivent tous trois à Damas la veille de la fête, et se logent dans le faubourg. Là, jusqu’à ce que l’Aurore ait tiré du sommeil son vieil amant, ils se reposent bien plus à leur aise que s’ils étaient descendus au palais du roi.
Dès que le soleil levant a répandu partout ses rayons de flamme, la belle dame et les deux guerriers endossent leurs armes, après avoir envoyé à la ville des messagers. Ceux-ci reviennent leur dire que Norandin s’est déjà rendu sur la place où a lieu la fête, pour voir rompre les lances.
Sans plus de retard, ils vont eux-mêmes à la ville, et, suivant la rue principale, ils parviennent à la grande place, où un grand nombre de chevaliers renommés, divisés en deux troupes, attendent que le roi donne le signal. Les prix qui doivent être distribués en ce jour au vainqueur consistent en une épée et une masse richement ornées, et en un destrier digne de la munificence d’un prince tel que Norandin.
Convaincu que Griffon le Blanc doit gagner le prix de cette seconde joute, comme il a gagné celui de la première, et que l’honneur des deux journées lui reviendra, voulant profiter de cette occasion pour lui offrir une récompense à la hauteur de son mérite, Norandin a fait ajouter aux armes formant le prix du premier tournoi, une épée, une masse et un destrier magnifique.