On voyait l’enfant prendre respectueusement congé d’Hercule et de sa mère Léonora, et arriver sur les bords du Danube, où les habitants accouraient pour le voir et l’adoraient comme un dieu. On voyait le sage roi des Hongrois admirer un savoir précoce dans un âge si tendre, et l’élever au-dessus de tous ses barons.

On le voyait remettre entre ses mains d’enfant le sceptre de Strigonie. Le jeune Hippolyte le suivait partout, dans le palais, comme sous la tente. Dans toutes les expéditions entreprises par ce roi puissant contre les Turcs ou les Allemands, Hippolyte était toujours à ses côtés, attentif aux moindres gestes de ce héros magnanime, et s’inspirant de ses vertus.

Là, on le voyait passer dans la discipline et l’étude la fleur de ses premières années. Il avait près de lui Fusco, chargé de lui expliquer le sens des chefs-d’œuvre de l’antiquité, et qui semblait lui dire : «  — Voici ce qu’il faut éviter, voici ce qu’il faut faire pour acquérir la gloire et l’immortalité, —  » tant on avait bien rendu les gestes des personnages qui y étaient peints.

Puis il allait s’asseoir, quoique bien jeune encore, au Vatican, en qualité de cardinal. Il y révélait son éloquence et son intelligence hors ligne. Autour de lui ce n’était qu’un cri : que sera-t-il dans l’âge mûr ? semblaient se dire entre eux ses collègues remplis d’étonnement. Oh ! si jamais il met sur ses épaules le manteau de Pierre, quelle ère fortunée, quel siècle de merveilles !

D’un autre côté, étaient retracés les récréations libérales et les jeux de l’illustre jeune homme. Tantôt il affrontait les ours terribles des cimes alpestres, tantôt il chassait les sangliers au sein des marais, des vallées profondes. Ici, monté sur un genêt, il semblait dépasser les vents, à la poursuite du chevreuil ou du cerf antique, qu’il atteignait sans peine et partageait en deux d’un seul coup d’épée.

Ailleurs, on le voyait au milieu d’une illustre compagnie de philosophes et de poètes. Les uns lui démontraient le cours des planètes ; les autres lui dépeignaient la surface de la terre ; d’autres lui dévoilaient les mystères des cieux. Ceux-ci lui faisaient entendre de plaintives élégies, ceux-là des strophes joyeuses, des chants héroïques ou quelque ode sublime. Ici, il prêtait l’oreille aux accords variés de la musique ; là, il exécutait, non sans grâce, un pas de danse.

Dans cette première partie, Cassandre avait peint la jeunesse de cet enfant sublime. Dans l’autre, elle avait rappelé ses actes marqués au coin de la prudence, de la justice, du courage, de la modestie et de cette vertu étroitement unie à toutes les autres, je veux parler de la générosité qui éclaire et illumine tout.

Ici, on voyait le jeune homme, à côté de l’infortuné duc des Insubriens, tantôt lui prodiguer ses conseils dans la paix, tantôt déployer avec lui l’étendard portant les couleuvres. Il lui restait fidèle dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Il le suivait dans sa fuite, le réconfortant par ses paroles et l’aidant de son bras, à l’heure du péril.

Ailleurs, on le voyait consacrer ses hautes facultés au salut d’Alphonse et de Ferrare. A force de chercher, il découvrait et faisait voir à son frère, ce prince très juste, la trahison de ses plus proches parents. En cela, il héritait du titre que Rome, rendue libre, donna à Cicéron.

Plus loin, recouvert d’armures brillantes, il courait prêter son aide à l’Église ; à la tête d’un petit nombre de gens, il ne craignait pas d’affronter une armée aguerrie. Sa seule présence était d’un tel secours pour les troupes du pape, que le feu de la guerre était éteint, pour ainsi dire, avant d’avoir brûlé ; de sorte qu’il pouvait dire : Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.