Roger a tiré son poignard ; il en porte la pointe à la visière de Rodomont et lui crie de se rendre, en lui promettant de lui laisser la vie. Mais celui-ci, qui redoute moins de mourir que de montrer un seul instant de faiblesse, s’agite, se secoue et, sans répondre, cherche à mettre Roger sous lui.
De même qu’un mâtin, renversé par un dogue féroce qui lui a enfoncé ses crocs dans la gorge, s’agite et se débat en vain, les yeux ardents et la gueule baveuse, et ne peut se débarrasser de son redoutable adversaire qui le surpasse en force mais non en rage, ainsi le païen finit par perdre tout espoir de se délivrer de l’étreinte de Roger victorieux.
Cependant, il se tord et se débat de telle sorte qu’il réussit à dégager son bras droit et à tirer son poignard. Il cherche à frapper Roger sous les reins ; mais le jeune homme s’aperçoit du danger qu’il court s’il tarde plus longtemps à donner la mort à cet indomptable Sarrasin.
Levant le bras le plus qu’il peut, il plonge deux ou trois fois tout entier le fer de son poignard dans le front horrible de Rodomont, et se dégage ainsi de tout péril. Vers les affreuses rives d’Achéron, délivrée du corps plus froid que glace, s’enfuit, en blasphémant, l’âme dédaigneuse qui fut si altière et si orgueilleuse au monde.
FIN DU TOME QUATRIÈME ET DERNIER
NOTES DU TOME QUATRIÈME
CHANT XXXVII.
[1] Page 2, ligne 27. — Arpalice. — Fille du roi de Thrace, qui défendit le royaume paternel contre Pyrrhus, fils d’Achille.
[2] Page 2, ligne 27. — Tomyris. — Reine des Massagètes, dont Hérodote raconte la victoire sur Cyrus, roi de Perse.
[3] Page 2, ligne 27. — Celle qui secourut Turnus. — Camille, fille du roi des Volsques, qui aida Turnus contre Énée. (Énéide, liv. 10 et 11.)