Ils parlaient ainsi, ignorant qu’Aymon, avec l’assentiment du fils de Pépin, avait écouté ces jours derniers les propositions de l’empereur grec Constantin, qui lui avait fait demander la main de sa fille pour son fils Léon, héritier de ses vastes États. Le jeune homme, ayant entendu parler de la vaillance de Bradamante, s’en était épris sans l’avoir vue.

Aymon avait répondu qu’il ne pouvait pas conclure seul cette affaire, et qu’il voulait auparavant en parler à son fils Renaud, alors absent de la cour. Il ne mettait pas en doute que Renaud ne se montrât flatté d’une telle alliance ; cependant, à cause de la déférence profonde qu’il lui portait, il ne voulait rien résoudre sans lui.

Pendant ce temps, Renaud loin de son père, et ignorant la démarche de l’empereur d’Orient, promit sa sœur à Roger, sur les instances de l’ermite, et après avoir pris l’avis de Roland et de ses autres compagnons. Il croit que cette alliance ne peut qu’être très agréable à Aymon.

Pendant tout ce jour-là, et une grande partie du jour suivant, ils restèrent auprès du sage anachorète, oubliant presque de regagner leur navire, bien que le vent fût propice à leur voyage. Mais le nocher, qu’un tel retard commençait à inquiéter, leur ayant envoyé messager sur messager pour presser leur départ, force leur fut enfin de se séparer de l’ermite.

Roger, qui avait passé tout le temps de son exil sans mettre les pieds hors de l’écueil, prit congé du maître vénérable qui lui avait enseigné la vraie Foi. Roland lui ceignit lui-même son épée, et lui rendit les armes d’Hector, ainsi que le bon Frontin, autant pour lui donner un témoignage de son amitié, que parce qu’on lui avait appris que ces objets avaient appartenu auparavant à Roger.

Et bien qu’il eût des droits plus légitimes sur l’épée enchantée, attendu qu’il l’avait jadis enlevée au risque de grands périls, dans le redoutable jardin de Falérine, tandis qu’elle avait été simplement cédée à Roger en même temps que Frontin par celui qui la lui avait dérobée, il la lui donna volontiers avec les autres armes, quand celui-ci la lui demanda.

Ayant reçu la bénédiction du saint vieillard, ils retournèrent enfin au navire, et mirent les rames à l’eau et les voiles au vent. Le temps leur fut si favorable, qu’ils n’eurent besoin ni de vœux ni de prières pour aborder au port de Marseille. Ils doivent y rester assez longtemps pour que j’aie moi-même le temps d’y conduire le glorieux duc Astolphe.

Quand Astolphe eut appris la victoire sanglante et douloureuse de Roland, il comprit que la France pourrait désormais être à l’abri des attaques de l’Afrique, et il songea à renvoyer le roi des Nubiens, avec son armée, par le même chemin qu’il avait suivi pour venir avec elle assiéger Biserte.

Le fils d’Ogier avait déjà renvoyé en Afrique la flotte avec laquelle il avait mis en pièces l’armée païenne. Astolphe avait alors produit un nouveau miracle. Aussitôt que l’armée mauresque eut quitté les navires, le duc remit chaque carène, chaque proue et chaque poupe dans son premier état, c’est-à-dire qu’il les changea en feuilles. Puis vint le vent qui les emporta dans les airs comme une chose légère, et les fit promptement disparaître.

Qui à pied et qui à cheval, tous les escadrons nubiens quittèrent l’Afrique. Mais auparavant, Astolphe remercia vivement Sénapes de lui être venu en aide de sa personne et avec toutes ses forces. Astolphe lui donna à emporter le terrible vent d’Austral, renfermé dans l’outre.