AUX FRANÇAIS.

Fait au premier janvier 1797.

Parallèle des abus du cloître avec les abus de 1793, 94, 95 et 96.

Air: A moins que dans ce monastère.

Peuple français, peuple de frères,
Souffrez que père Hilarion,
Turlupiné dans vos parterres,
Vous fasse ici sa motion (bis.)
Il vient sans fiel et sans critique,
Et sans fanatiques desseins,
Comparer tous les capucins
Aux frères de la république.

Nous renonçons à la richesse
Par la loi de notre couvent,
Votre code, plein de sagesse,
Vous en fait faire tout autant.
Comme dans l'ordre séraphique,
Ne faut-il pas, en vérité,
Faire le vœu de pauvreté,
Pour vivre dans la république.

On nous défend luxe et parure,
Et vos frères les jacobins
Avaient la crasseuse figure
De nos plus sales capucins.
Notre chaussure est sympathique;
Souvent sans bas et sans souliers,
On voit par-tout des va-nu-pieds,
Capucins de la république.

Tout comme dans nos monastères,
Vous aviez vos frères quêteurs,
C'étaient vos braves commissaires
Et vos benins réquisiteurs.
Par leur douceur évangélique
Et par leur sainte humanité,
Comme ils faisaient la charité
Aux pauvres de la république!

On nous ordonne l'abstinence,
Dedans notre institut pieux:
N'observait-on pas dans la France
Le jeûne le plus rigoureux?
Dans votre carême civique[3],
Vous surpassiez le capucin;
En vivant d'une once de pain,
Vous jeûniez pour la république.

Par un vieux règlement d'usage
Nous faisons vœu de chasteté;
Le sacrement de mariage
Par vos frères est rejeté[4].
Dans cette gaillarde pratique,
Qu'il est beau de voir à présent,
Pour une femme seulement,
Vingt filles de la république!