A vingt-cinq ans, moins intraitable,
Je sus distinguer la beauté,
Et, de raison toujours capable,
Je conservai ma liberté....

Mais j'ai vu la jeune Amaranthe;
Elle compte quinze printemps,
Et moi, qui déjà vise à trente,
Je suis moins sage qu'à quinze ans.

Amour, enfant doux et barbare,
Cher ennemi qu'enfin je sers,
Sont-ce des fleurs, sont-ce des fers
Que ton caprice me prépare?

Loin de ma première saison,
J'aime une belle à son aurore;
Dans son cœur trompé fais éclore
Le désir avec la raison.

Inspire-lui des goûts plus sages
Que ceux du plus fou des amants:
Amour, en opposant nos âges,
Accorde au moins nos sentiments.

LA BONNE AMITIÉ

NÉE DE L'AMOUR.

Je l'attendais avec impatience,
Cet ami si cher à mon cœur;
Je me disais que sa présence
Serait pour moi l'aurore du bonheur.
Je l'attendais sans espérance
Qu'il partagerait mon ardeur;
Mais je me contentai d'avance
D'un sourire plein de douceur.
Je l'attendais avec sagesse,
L'amitié seule eût donné mon baiser,
Et rien n'eût trahi ma tendresse
Que la douleur de le voir refuser.
Je l'attendais dans ma retraite,
Où les amours ne logent plus;
Un seul encor, mais en cachette,
Vit dans mon cœur en vrai reclus.
Je l'attendais sans art et sans parure.
Ah! le plaisir eût animé mes traits:
Le sentiment embellit la nature,
Elle lui doit ses plus touchants attraits.
Il ne vient point. Je ne veux plus l'attendre,
L'ingrat ami qui me fait soupirer;
Mais sans le voir, même sans y prétendre,
Je puis au moins le désirer.

Par Madame De Montanclos.