Dans ces laborieux passe-temps,
Elvire a passé son printemps:
La coquette d'un certain âge
N'a plus d'ami, n'a plus d'amants.
En vain de quelques jeunes gens
Elle ébauche l'apprentissage;
Tout est dit,
L'amour fuit
On en rit,
Quel dommage!
Mais Elvire enfin devient sage.

LES GANTS.

Air: Du petit Matelot.

L'hiver, mes amis, sera rude,
Et de pester j'aurai le droit;
Car ma singulière habitude
Va me reprendre avec le froid.
J'ai beau m'en faire le reproche,
Même sottise tous les ans;
Pour avoir chaud, c'est dans ma poche
Que j'ai toujours porté mes gants.

Pourtant la lecture rend sage;
J'ai beaucoup lu, sans vanité.
Ganter ses mains est un usage
Consacré par l'antiquité.
Nos paladins à l'humeur fière,
Que faisaient-ils au bon vieux temps,
Pour rendre plus chaude une affaire,
Au nez ils se jetaient leurs gants.

Assez souvent un homme en place,
De tous les vices suit la loi;
Est-ce en lui faisant la grimace
Que nous obtiendrons un emploi?
Quoique son méchant caractère
Agite et révolte nos sens;
Voulons-nous gagner notre affaire?
Pour lui parler prenons des gants.

Au théâtre, si mon ouvrage
Satisfait peu les assistants;
S'il est suivi, non d'un orage,
Mais de sourds applaudissements,
Rendons ma honte supportable;
Disons par tout: quel contre-temps!
Il faisait froid, un froid du diable!
Tout le monde avait mis des gants.

Jeunes fillettes qu'on marie,
Le gant blanc vous est présenté;
A votre main, il signifie
Innocence et fidélité.
Faut-il qu'un seul point m'importune!
Faut-il, au bout de quelque temps,
Qu'à chaque doigt, sans crainte aucune,
Vous déchiriez ainsi vos gants!

Si, dès la première journée,
Parfois l'époux a du souci,
N'accusons point la destinée;
Il n'en est pas toujours ainsi.
Voyez celui qu'amour invite
A cueillir rose du printemps;
Pour peu que l'arbuste s'agite,
Il s'écriera: j'en ai les gants.

Grétry neveu.