LE TOMBEAU DE CÉCILE.
Air: C'est à mon maître en l'art de plaire.
Tout reposait dans la nature,
Phœbée seule éclairait les cieux,
Et sa lumière douce et pure
Répandait le calme en tous lieux;
Le berger, près de sa compagne,
Du sommeil goûtait la douceur;
Victor, parcourant la campagne,
Veillait seul avec sa douleur.
Victor, au printemps de son âge,
Avait connu les coups du sort;
Le tendre objet de son hommage
Dormait dans les bras de la mort.
Prêt à fixer sa destinée,
Victor voyait combler ses vœux;
Et le flambeau de l'hyménée
S'allume et s'éteint à ses yeux.
Chaque nuit, cet amant fidèle,
Le cœur navré, versant des pleurs,
Au pied du tombeau de sa belle,
A veiller trouvait des douceurs.
Placé dans un champêtre asile,
Et loin des regards curieux,
Ce tombeau renfermait Cécile,
Où Victor eût-il été mieux?
C'est là, disait-il, que repose
Celle que m'accordait l'amour;
Semblable à la naissante rose,
Son éclat n'a duré qu'un jour!
Cécile était faite pour plaire,
L'amour la forma de ses traits;
Hélas! faut-il donc que la terre
Ensevelisse tant d'attraits?
Son front, trône de l'innocence,
Brillait d'une aimable pudeur;
Les vains plaisirs de l'inconstance
N'avaient point corrompu son cœur;
Ses yeux, où se peignait son ame,
Ne s'ouvraient que pour mon bonheur;
Ses yeux, où j'allumais ma flamme,
Sont fermés même à ma douleur.
Ombre chère, tendre victime,
Accours, vient recevoir ma foi;
Sors du froid cercueil qui t'opprime
Pour voltiger autour de moi.
Que de l'hymen la chaîne heureuse,
Malgré la mort, double nos feux;
Et que la tombe moins affreuse
Se ferme ensuite sur tous deux.
Peut-être tu me dis, Cécile:
Faible ami, pourquoi, quand la mort
Ouvrit pour moi ce triste asile
N'as-tu pas partagé mon sort?
Oui, ton amant voit la lumière,
Au trépas il n'eut pas recours;
Mais sa peine est bien plus amère,
Il vit pour mourir tous les jours.