Pour se soustraire à la rage
Du sombre Pygmalion,
Didon vint bâtir Carthage
En s'éloignant de Sydon:
Comme cette souveraine,
Déportés et malheureux,
Pour nous l'isle de Cayenne,
Nourrit des cœurs généreux.
Votre malheur nous étonne,
Diront cent peuples divers,
«Quand le crime les couronne,
«La vertu doit être aux fers:»
Dans un moment moins critique,
Se croyant à l'abandon,
Jadis sous les murs d'Utique
On vit s'inhumer Caton.
De ce courage inutile
César sut bien profiter,
Marius fut plus habile,
Il faut savoir l'imiter.
Sur les ruines de Carthage,
Écrivons à nos tyrans:
Nos malheurs sont votre ouvrage;
Guerre éternelle aux brigands.
Etc., etc., etc....
Nous ne reverrons pas la France cette année; comme notre voyage sera un peu long, il faut songer à nos amies et à ceux qui nous le font entreprendre; faisons notre testament pour que chacun ait son lot.
Pour l'art d'aimer, Ovide en Sybérie
Fut exilé comme un franc séducteur;
On ne m'eût point sevré de ma patrie,
Si j'eusse écrit pour certain directeur.
Sexe charmant, je fus plus excusable
À vos beaux yeux qu'à ceux de nos traitans,
Lorsque ma main, plus qu'à demi-coupable,
Avec du sel, vous brûloit de l'encens.
Pour arriver au fond de la Colchide,
Vous savez bien comment s'y prit Jason,
Le tendre amour vint lui servir de guide
Et la beauté broda son pavillon....
Dans les déserts d'une zone brûlante,
Loin de la France et des jeux et des ris,
Je chanterai dans ma carrière errante
Tous les plaisirs du séjour de Paris.
Proscrit, fêté, malheureux, dans l'aisance,
Gagnant beaucoup et n'ayant jamais rien,
Le seul trésor que je regrette en France,
Sont des amis qui faisoient tout mon bien.