Vénus abandonnant Cythère,
Cache son fils dans son giron,
S'élance à l'instant sur la terre,
Vers le pied du sacré vallon.
Pour apprivoiser l'Innocence,
Elle voile tous ses appas,
Et conjure la Prévoyance
De vouloir devancer ses pas.

Sous une grotte solitaire,
D'où jaillit un petit ruisseau,
Étoit une jeune bergère
Qui ne gardoit qu'un seul agneau.
Vénus la reconnoît sans peine;
Puis feignant de se délasser,
S'assied au bord de la fontaine,
Afin de la mieux contempler.

L'Innocence simple et tranquille
Filoit pour charmer son loisir;
Vénus mise en dame de ville,
Laisse échapper plus d'un soupir;
Sur les bords de l'onde argentée,
Jette son fils à l'abandon,
Et s'écrie en désespérée:
«Péris, malheureux avorton!»

L'Innocence trop attentive
À faire tourner son fuseau,
N'appercevoit pas sur la rive,
L'enfant prêt à tomber dans l'eau,
Pour couronner son stratagème,
Vénus dans sa feinte fureur,
D'un trait fait par l'Amour lui-même,
Tourne la pointe sur son cœur.

Prompte comme la jeune Aurore,
L'Innocence accourt à l'instant:
«Ciel! ô ciel! il respire encore,
Dit-elle en embrassant l'enfant,
Malheureuse et tendre victime!
Je voudrois te rendre le jour,
T'immoler est bien un grand crime,
À moins que tu ne sois l'Amour.»

Mais l'Amour commande au tonnerre
Et celui-ci n'est qu'un enfant.
Puissions-nous sur toute la terre,
N'avoir jamais d'autre tyran!
La déesse trop charitable,
Le réchauffa dessus son sein,
Et se sentit bientôt coupable,
Car son agneau mourut soudain.

L'Amour va renaître à la vie,
L'Innocence voit le danger,
Sur son sein il palpite, il crie,
Il frappe, il cherche à se venger;
Du trait de sa perfide mère,
L'ingrat ne se sert à son tour,
Que pour mieux percer la bergère
Par laquelle il revoit le jour.

L'indiscret vole à tire-d'aile
Annoncer sa victoire aux Dieux,
L'Innocence voit qu'elle est belle,
Elle a déjà de nouveaux yeux,
Elle convoite l'art de plaire,
Dans l'onde veut se rajeunir,
Et meurt en disant sans mystère:
Je meurs du moins dans le plaisir.

13 mai. Après-midi, nous trouvons les vents alizés; ils soufflent du nord-est pendant les deux tiers et demi de l'année. Les premiers qui allèrent au Nouveau-Monde avec Christophe Colomb, poussés comme malgré eux vers une terre qu'ils cherchoient en ne faisant que la soupçonner, ayant gagné ces vents, les nommèrent alizés ou attracteurs, parce qu'ils ne leur permettoient plus de s'égarer et les attiroient à leur but. Nous trouvons les grains blancs; ce sont des nuages blanchâtres que deux vents opposés amoncellent sur ces mers tranquilles. Les tempêtes, aussi dangereuses que sur nos côtes, sont moins prévoyables; le pilote qui les brave, sombre très-souvent.

14 Mai (25 floréal.) Les Alizés nous favorisent au-delà de notre attente; le ciel est grisâtre et le vent très-fort, souffle du Nord-Est. Nous filons 9 N.... La chaleur est aussi supportable qu'en France, dans les premiers jours d'un beau mois de mai, quand le zéphyr rafraîchit nos campagnes.