J'ai profité de ses leçons: je suis marié, établi, et, dans ma paisible médiocrité, je travaille, je ris, je chante, et je vends des livres après avoir vendu des chansons.
À MONSIEUR GARAT,
Membre du Sénat-Conservateur et de l'Institut impérial.
Monsieur,
Je suis payé de mes peines, et mes malheurs me sont précieux, quand vous en accueillez l'hommage; en fixant votre attention, ils m'assurent l'intérêt du lecteur: je vous dois leur publicité; et l'estime que vous accordez à l'auteur, est un garant de sa franchise et de son caractère.
Un philosophe dit que les hommes en place ont deux visages et deux existences: on vous croiroit simple particulier; car personne ne peut désirer plus que vous, Monsieur, d'avoir une fenêtre à son cœur.
Votre vie privée (vos ouvrages à part) au milieu des dignités et des places éminentes où la confiance publique et votre intégrité vous ont appelé et maintenu depuis quinze ans, nous reporteroit aux siècles de ce Romain qui labouroit son champ de ses mains consulaires, et s'arrêtoit au bout du sillon pour manger son plat de légumes. Aujourd'hui même, vous pourriez encore dicter pour votre enfant; le testament d'Eudamidas de Corinthe. Monsieur, voilà vos droits à l'immortalité dans mon cœur, et dans celui des vrais amis de leur pays.
Au reste, les dignités et les talens, dons des hommes ou de la Providence, comme les rayons de l'astre du jour, sont des biens hors de nous, dont l'éclat éblouit, mais dont la propriété ne nous est acquise que par le bon usage que nous en faisons pour les autres. Que j'aime bien mieux retrouver l'homme privé, adoré dans sa famille, bon avec tous les hommes, sublime et profond dans son cabinet comme Montesquieu, naïf et franc dans la société comme Lafontaine! Horace lui diroit avec vérité: Domus non purior ulla est; sa maison est le temple de la candeur, de l'amitié et de la bonne foi; le local est petit, mais c'est celui de Socrate.
Le Sénateur membre de l'Institut, donne de l'éclat a mes malheurs; mais l'estime de l'homme privé donne encore bien plus de mérite à l'auteur qui a l'honneur d'être,
Avec un très-profond respect,