«Mes ennemis ne triompheront pas encore cette fois; grâce à vos lumières et à mes soins, le village de Konanama est achevé; les karbets attendent les déportés; tout est préparé pour les y recevoir. J'ai nommé ce poste la Décade; ils y seront commodément; je les attends tous les jours. Je vous prie de me continuer vos bontés.... J'ai l'honneur d'être, avec un très-profond respect...., Prévost, ingénieur-géographe, commandant et directeur du poste de la Décade, dit Konanama

Si l'on en croit Desvieux, Prévost avoit fait tout de son chef. Chaque déporté puisa une nouvelle vie dans les paroles de consolation du commandant; le sort des malades fut amélioré, les nègres rentrèrent dans l'ordre pour quelques jours, et les exilés eurent des vivres frais, pour la première fois, depuis trois mois. Ils eurent de l'eau en abondance; enfin ils respirèrent durant le séjour du commandant. Une nuée d'orage ayant arrosé la plaine au bout de trois mois de sécheresse, le magasin, la boulangerie et l'hôpital furent, pendant une heure, à un pied sous l'eau; cet accident parla très-efficacement contre Prévost.

Desvieux les visita de nouveau, leur promit de demander le changement du poste; et, se tournant avec effroi et attendrissement vers ces vastes solitudes, il dit d'un ton prophétique: Vous êtes déportés aujourd'hui, mon tour viendra peut-être bientôt. Il ne se trompoit pas.

29 vendémiaire an 7. Le sous-chef d'administration, au citoyen Beccard:

«Je vous préviens que le citoyen agent, par son arrêté du 27 de ce mois, vient de déterminer qu'à compter du 20 brumaire prochain, la ration de pain sera réduite à douze onces, et que les douze onces supprimées seront remplacées par douze onces de cassave; le peu de farine qui nous reste nécessite cette mesure.

(On publioit, à cette époque, que la Guadeloupe étoit prise, et que les anglais menaçoient Cayenne et Surinam ou Mapébo.)

»L'administration chargée des vivres du pays a écrit à tous les inspecteurs des cantons pour faire planter des bananes et du maniok; vous vous adresserez à celui de votre endroit, pour vous procurer la cassave, ou le coaq nécessaires.»

Signé Estibaudois.

24 vendémiaire an 7. Roustagneng à Beccard:

«J'attends, pour vous faire une réponse plus étendue, que, d'après le rapport ci-joint du commandant et autres officiers du détachement, il soit pris un parti sur Konanama. En attendant, je pense que leur présence y aura produit un bon effet, et rétabli un peu la police.»