Parfois, le conducteur novice prend mal ses mesures et s'étale de son long à la grande joie des camarades, bientôt victimes d'un accident semblable.

Si ces chutes sont sans danger, il n'en est pas de même des immersions partielles qu'il importe d'éviter à tout prix.

La glace est loin d'être partout homogène et de posséder une égale rigidité. Celle qui provient de la congélation de l'eau de mer est souvent couverte d'une sorte de saumure très épaisse, très riche en sel et qui ne se solidifie jamais complètement.

Elle recouvre traîtreusement les trous par lesquels viennent respirer les phoques, et si le voyageur n'y prend pas garde, il pourra être, à un moment donné, trempé jusqu'à la ceinture.

Ces fondrières glacées sont d'autant plus insidieuses, que rien ou presque rien ne les signale aux yeux des novices qui doivent peu à peu s'habituer à les reconnaître, comme les chasseurs de canards les vases molles perfidement dissimulées au milieu des marécages.

Pour ce motif surtout, les explorations en traîneau sont plus pénibles et même plus dangereuses pendant l'automne qu'au printemps. De plus, elles sont faites par des novices ignorant l'hygiène arctique, et ne sachant pas combien il importe d'éviter la transpiration.

Fort heureusement la vieille expérience du docteur supplée à tout, et des précautions, en apparence exagérées, évitent ces petits mécomptes si fréquents au début.

Néanmoins, la caravane avançait toujours en côtoyant le bord méridional du pack dont le capitaine relevait à chaque instant la configuration.

Jusqu'à présent, les accidents s'étaient bornés à des chutes et à des immersions partielles insignifiantes.

Mais, Constant Guignard, l'homme né sous l'étoile de la malchance, le Normand au nom prédestiné, devait bientôt légitimer l'influence de l'étoile et la prédestination du nom.