Les marins de la Gallia sont à l'œuvre, pendant que ceux de la Germania, sa rivale, n'en pouvant croire leurs yeux, les regardent stupéfaits.
La chose est pourtant bien simple, du moins à ce que prétend le capitaine d'Ambrieux. Le pack s'oppose au passage du navire. Eh bien! profitons des derniers beaux jours pour pratiquer un chenal. C'est-à-dire coupons d'une tranchée large de douze mètres trois kilomètres de glace.
C'est tout! Et c'est assez, n'est-ce pas?
Car ici, la glace n'offre plus, comme à la baie de Melville, une surface unie, d'une épaisseur assez faible, du moins relativement. C'est, au contraire, un redoutable amoncellement d'anciens glaçons amenés par la dérive, comprimés par le courant, soudés par le froid, et superposés de manière à mesurer, par places, trois et quatre fois l'épaisseur du pack proprement dit.
Qu'importe, d'ailleurs! En dépit de l'apparente insanité d'un tel projet qui fait penser à des fourmis essayant de saper une montagne, chacun s'est mis à la besogne, bravement.
Tout ce qui perce, coupe, rompt ou éclate, a été mis en réquisition. Haches, scies, couteaux à glace, tarières sont aux mains des matelots. Il s'agit de pratiquer à la main l'amorce du canal où doit pénétrer, au fur et à mesure de son exécution, la Gallia.
Quant à faire agir le taille-mer en acier, il n'y faut pas songer. L'éperon d'un cuirassé lui-même serait insuffisant.
La dynamite fournira d'excellents résultats, mais son emploi doit être réservé pour certains cas. Sous peine d'épuiser l'approvisionnement, il faut éviter le gaspillage, et ne recourir au précieux explosif que devant urgence absolue.
Mais, enfin, quel procédé rapide, et surtout efficace, pense donc employer le capitaine? Car en voyant les infimes parcelles enlevées à la main par les travailleurs, on ne peut supposer raisonnablement qu'il espère venir à bout de l'ennemi par ce moyen primitif.
Le capitaine veut tout simplement couper la banquise à la scie.