L'explosion produisit bien moins d'effet que là-bas, à la baie de Melville, sur de jeunes glaces, moitié moins épaisses, et infiniment moins compactes.

Le bloc fut seulement désarticulé en gros fragments que la goélette dut écraser, pulvériser en détail, pour avancer seulement de quinze mètres.

Cependant, le résultat se trouvait acquis. Le procédé n'était pas défectueux, à la condition que la soute aux munitions renfermât un approvisionnement suffisant.

Et d'Ambrieux calculait qu'il lui faudrait au moins un millier de cartouches, en admettant, chose peu probable, que la banquise ne s'épaissirait pas, au centre.

Sinon, il faudrait augmenter le nombre des trous de mine.

Néanmoins, tout marcha très convenablement le premier jour, à ce point que le chenal mesurait soixante mètres de longueur, après un travail acharné de seize heures.

Soixante mètres, c'est là sans doute un résultat, étant donné surtout la nature de l'obstacle, et la multiplicité des opérations que nécessite l'entreprise.

Mais d'Ambrieux, pensant que le pack mesure environ trois kilomètres, il ne faudra pas moins de cinquante jours pour le couper entièrement. Encore, est-on sûr d'atteindre quotidiennement la moyenne de soixante mètres?

Même en l'atteignant, c'est un total de cinquante journées, pour arriver à la bordure septentrionale, si toutefois il ne survient pas d'accident.

Or, dans cinquante jours on sera exactement au 7 septembre, alors que les froids ont déjà repris avec intensité. A cette époque, les glaçons se forment rapidement sur les eaux libres, ceux qui viennent d'être coupés se ressoudent aussitôt, immobilisant la scie. Donc le chenal sera sans cesse obstrué, le sciage deviendra presque impossible.