Après la douche qui excite les vaso-moteurs, accélère la circulation et produit une réaction salutaire, le déjeuner: cacao, pain ou biscuit, jambon et beurre, thé bouillant, très sucré, à discrétion. A neuf heures, deux pastilles de jus de citron absorbées militairement, devant le docteur ou un officier.

A midi, soupe au riz; lard et bœuf conservé, choux au vinaigre ou raifort comme hors-d'œuvre. Vin, café noir additionné de rhum ou d'eau-de-vie.

Le soir, viande ou pemmican [9], légumes secs ou poisson, beurre, un verre de vin et thé bouillant à discrétion.

Une pareille abondance de victuailles semblerait peut-être superflue, surtout pour des gens habitués à un régime frugal, et condamnés par la rigueur du climat à un sédentarisme complet.

Les matelots eux-mêmes s'en étonnèrent à ce point qu'ils en firent la remarque au docteur, déclarant qu'ils ne sauraient absorber et digérer un tel ordinaire.

«Vous!... mais avant un mois vous demanderez un supplément de ration, et on s'empressera de vous l'accorder.

—Pas possible! observa Plume-au-Vent, l'orateur en titre de l'équipage.

«Mais alors, monsieur le docteur, faudrait admettre que nos boyaux s'allongeraient comme ceux des Groenlandais.

—Non, mon garçon.

«Seulement, votre corps consommera le double, sous ce climat de fer, comme une machine soumise au tirage forcé.