Comme il l'avait dit en prenant congé, le temps pressait, car on était au 13 mai, et la future expédition polaire n'existait encore qu'à l'état de projet, ou plutôt de défi.

Mais que ne peut l'argent, surtout quand il est mis en œuvre par un homme de la trempe de l'ancien officier de marine!

Il prit sans désemparer le train de Southampton, puis le bateau du Havre, débarqua douze heures après et courut d'une haleine aux chantiers de M. Normand.

Il lui fallait, coûte que coûte, un navire spécial, et dans le plus bref délai. Ainsi pris à l'improviste, mais jugeant aussitôt de l'envergure de l'homme à la grandeur de l'entreprise, l'éminent constructeur se mit à l'œuvre sans perdre un instant.

Ayant reçu carte blanche pour la dépense, il étudia minutieusement, avec d'Ambrieux, les plans du bâtiment à improviser et fit telle diligence, que trois semaines après, ces plans étaient établis, ainsi que le devis.

Le vingt-deuxième jour, on mettait en chantier la Gallia.

Sur ces entrefaites, l'ancien officier, qui s'occupait déjà de recruter des hommes pour son équipage, retrouva le capitaine au long cours Berchou qu'il avait eu sous ses ordres, comme sergent d'armes, à l'armée de la Loire.

Devenu capitaine de la marine marchande, Berchou, fin manœuvrier, homme de haute probité, d'action et de résolution, accepta avec enthousiasme la place de second.

Il entra aussitôt en fonctions et fut d'un précieux secours à son chef, très ferré sans doute en théorie nautique, mais ignorant maintes questions pratiques familières à Berchou qui avait l'œil à tout et ne passait sur aucun détail.

Quatre mois après sa mise en chantier, la Gallia était lancée. On était alors à la mi-septembre. Après deux autres mois, elle était pourvue de sa machine, de ses mâts, de ses agrès, et toute prête à être approvisionnée en vue de sa destination.