La Gallia, chargée de matières explosibles ou incendiaires, est comme un brûlot qu'une étincelle peut faire sauter. Qu'un écrasement partiel, qu'une rupture, mette en contact la cambuse ou la soute aux poudres avec un de ces foyers de combustion, et la goélette est pulvérisée!

Que résoudre, en de pareilles conjonctures? Il faudrait, sans doute, descendre sur la glace des provisions, des armes, des embarcations, des instruments astronomiques, des effets de campement, en prévision d'une catastrophe.

Mais où trouver un lieu sûr pour opérer ce précieux dépôt qui deviendra peut-être l'unique ressource de l'équipage, si cette suprême infortune lui est réservée? Car la glace, manquant encore de cohésion, est l'objet de transformations si brutales et si complètes, les remaniements qu'elle subit sont si étranges et si instantanés, qu'il est impossible d'assigner un emplacement offrant un faux semblant de sécurité.

Là où s'élevait un monticule, s'ouvre une lézarde profonde, bientôt comblée par une convulsion nouvelle et remplacée par des paquets qui disparaissent pour se reformer de nouveau. Une surface plane se bombe en une voussure qui éclate avec un bruit de canon. Un rictus fugitif balafre la couche rigide, et engloutit fort heureusement une masse glissant sur la déclivité, comme une avalanche...

... Pendant vingt-quatre heures, la région si énergiquement nommée par Hayes «Terres de la Désolation» n'offre plus qu'un mouvant chaos accompagné de l'infernale symphonie.

Toute décision est impossible! Tout effort superflu! Toute mesure de salut impraticable.

Encore une fois, que faire?... que résoudre?

Contempler intrépidement le désastre, opposer un cœur impassible aux menaces de la matière en furie, attendre des éléments et des fatales influences qui les déchaînent le salut ou l'anéantissement...

[IV]

Après la tempête.—Mystère.—Le pack dérive.—Constant Guignard perd de l'argent.—Alarmes.—Il faut distraire les hivernants.—Un peu de météorologie.—Halos, parhélies et parasélènes.—A propos de l'arc-en-ciel.—Meute en liberté.—Promenade quotidienne.—Ce que le Parisien entend par faire: «Iapp!... iapp!...»—La patrouille.—Chiens savants.