Pourquoi, depuis la fin de la tempête, le soleil ne se lève-t-il plus à la même place?
Pourquoi l'orbite qu'il décrit chaque jour paraît-elle s'en aller de plus en plus vers l'Est.
Sans doute elle s'abaisse sur l'horizon à mesure que l'hiver approche, mais pourquoi se déplace-t-elle par rapport aux falaises de glace qui jadis la limitaient à l'orient et à l'occident?
Le soleil n'ayant pas coutume de participer aux fantaisies erratiques dévolues aux comètes, n'a pu changer de place. Il ne saurait y avoir davantage d'illusion d'optique, pour colorer d'un vague prétexte de vraisemblance, une pareille infraction aux lois jusqu'alors immuables de la gravitation.
Mais, alors!...
—Eh! pardieu!... s'avise enfin une forte tête, si le soleil ne s'est pas détraqué depuis huit jours, c'est nous qui changeons de place.
Nul pourtant n'avait pensé à cette chose si simple, pouvant se formuler en trois mots: Le pack dérive!
L'ouragan a-t-il rompu les adhérences qui attachaient la banquise aux rivages?... Un fragment énorme s'est-il détaché de la masse totale?... Est-ce la barrière qui voyage tout entière ou simplement une partie?...
Toujours est-il que la portion où sont encastrés les deux navires se déplace du Nord-Est au Sud-Ouest, avec une vitesse atteignant environ quinze milles par vingt-quatre heures (près de vingt-huit kilomètres).
Voici le fait qui, pendant plus de huit jours, s'est posé comme une énigme indéchiffrable aux raisonnements des marins de la Gallia.