Le soleil rouge comme un disque de métal leur apparaît
Il monte lentement et en quelque sorte à regret, au-dessus de la plaine désolée, s'arrête un moment et commence à décliner.
A peine si les observateurs ont pu, de la place élevée qu'ils occupent, l'apercevoir en son entier...
Les ombres opaques des glaçons s'allongent sur le rose tendre qui colorent étrangement le champ de glace... L'or, le pourpre et le violet qui s'étalent sur le ciel en une merveilleuse teinte dégradée pâlissent... L'embrasement de la mâture et des manœuvres s'éteint et la radieuse apparition s'enfonce derrière la muraille dentelée qui forme l'horizon polaire.
Contre toute prévision, les marins gardent un silence absolu. Pas un vivat, pas un cri, pas un mot!
Est-ce le regret de la vision trop vite évanouie?... Est-ce la désillusion qui succède au bonheur trop longtemps attendu et trouvé inférieur à l'espérance?... Ont-ils constaté pendant cette fugitive incandescence qui leur montre sous leur aspect réel les hommes et les choses, les ravages occasionnés par le ténébreux hiver?...
Peut-être!
Habitués à se voir sous la lumière artificielle qui pendant si longtemps fut leur soleil, ils n'avaient pas constaté cette lividité qui étendait sur leurs visages ses teintes blafardes; et ils se trouvaient tout à coup ressembler à autant de spectres, ou du moins de prisonniers en rupture de cachot.
Du reste, l'influence du jour qui, dès le lendemain, s'accrut notablement, fit disparaître cette première et néfaste impression. La joie revint et l'espérance avec elle.